Revue · juin 2020 · Fundación para la Confianza
Revue Por un Mundo sin Abuso · Juin 2020 : Violence dans le foyer et dans l’enfance
Numéro de juin 2020 : la confiance lucide comme deuxième loi de la prévention, le programme Hablemos de Todo, la violence contre les enfants et les adolescents, le terrorisme de l’intimité, le grooming pendant le confinement et comment reconnaître les violences au foyer.
Sommaire
- Le décalogue de la prévention de l’abus : 2
- L’abus dans la famille
- Hablemos de Todo
- La violence envers les enfants et les adolescents : une pratique enracinée
- Terrorisme de l’intimité
- Le risque de harcèlement en ligne contre les enfants augmente pendant le confinement
- Beaucoup de choses se passent chez nous : comment savoir s’il s’agit de violences ?
Le décalogue de la prévention de l’abus : 2
La prévention des violences sexuelles faites aux enfants est une décision personnelle, familiale et institutionnelle. Dans le dernier numéro de la Revue, nous avons parlé de la nécessité de transformer l’organisation en un contexte protecteur, un contexte sain, fait de soin et de reconnaissance mutuels. Il n’est pas possible de protéger les enfants et les adolescents de toute forme d’abus (en particulier d’abus sexuel) si, entre les adultes qui composent le contexte, ne se constitue pas un environnement protecteur, sain, bientraitant. Et cela ne se produit pas de manière automatique : c’est une décision et une action permanentes. Construire, renforcer et défendre un contexte de bientraitance, de pensée critique, de respect sans réserve des droits humains est la première étape pour prévenir les violences sexuelles faites aux enfants.
Il importe d’insister sur ce point, car il existe une erreur très répandue chez des organisations et de prétendus spécialistes des abus sexuels, dont l’approche consiste à rendre les enfants responsables de la prévention de l’abus. Ce seraient les enfants et les adolescents qui devraient être capables de repérer le danger et de savoir quand dire non ; ils devraient distinguer les bons secrets des mauvais, de même pour les caresses, distinguer les bonnes des mauvaises. Et s’il y a de mauvaises caresses ou de mauvais secrets, ils devraient apprendre à dire non, à crier, à courir, à frapper, à dénoncer. S’ils ne le font pas, c’est qu’ils n’ont pas appris à prévenir l’abus. Or c’est une erreur énorme, qui ne fait qu’accroître le sentiment de culpabilité chez les personnes qui ont été victimes d’abus, une culpabilité propre au traumatisme de l’abus. Cette culpabilité et cette honte – de ne pas avoir dit non – pèseront comme un silence imposé sur la victime potentielle. Ou comme une méfiance envers soi-même et envers les autres.
Notre proposition, en tant que Fundación para la Confianza, est précisément que la confiance doit être l’élément clé de la prévention des violences sexuelles faites aux enfants. La confiance lucide. Les enfants et les adolescents ont droit à un environnement de confiance où ils savent à qui s’adresser en cas de problème, de peur, de confusion. Et nous, adultes, avons le devoir de garantir ce contexte de confiance lucide. Si un enfant ne sait pas à qui se fier, il se rendra coupable lui-même ou elle-même, vivra dans la méfiance envers soi, ce qui affaiblira son intégrité, son identité, sa protection et même sa capacité d’apprendre.
La deuxième loi de la prévention des violences sexuelles faites aux enfants consiste à renforcer les relations de confiance lucide dans les familles et les institutions, où les enfants savent à qui ils peuvent s’adresser en cas de besoin, de doute ou de danger.
José Andrés Murillo, philosophe, directeur de la Fundación para la Confianza. À suivre dans le prochain numéro.
L’abus dans la famille
Paula Vergara · Psychologue, coordinatrice technique du pôle de prise en charge de la Fundación para la Confianza
Chaque jour, notre Fondation reçoit une personne avec une nouvelle histoire. On voit qu’elles sont arrivées avec effort pour demander de l’aide, après y avoir pensé plusieurs fois. Et c’est là que je peux les trouver, attendant avec peur, angoisse, anxiété, et avec l’espoir de recevoir une réponse.
Je sais que leur histoire sera inondée de douleur, de quelques souvenirs et d’une grande tristesse. Quand je commence par un « Raconte-moi, en quoi pouvons-nous t’aider ? », surgit souvent un pleur contenu et profond : « Quand j’avais à peu près 6 ans, je ne me souviens plus bien, j’ai été victime d’abus sexuels de la part de mon père… » « Je ne l’ai jamais raconté, à 8 ans, ma grand-mère abusait de moi… » « Mon grand frère m’a fait subir des abus pendant 10 ans, je ne comprenais pas ce qui se passait… » « Ma tante maternelle me touchait chaque fois qu’on m’emmenait chez elle… » « Mon cousin me forçait à le toucher, j’avais 11 ans. » Des hommes, des femmes, des personnes âgées, des jeunes, venus de bien des endroits, de milieux d’études variés, avec des ressources différentes et d’innombrables métiers et professions.
Mais qui partagent une histoire traumatique, des secrets, des événements qui n’ont pas de nom, pas de place dans l’esprit, et qui leur causent un immense impact émotionnel. Ils l’ont caché pendant des années, et j’ai le privilège de les écouter. Un privilège, parce qu’ils parviennent à faire de nouveau confiance à quelqu’un, à une autre personne, bien que leur capacité de faire confiance ait été abîmée, et qu’ils tentent de nouveau, dans la rencontre avec moi.
Ils me racontent comment ces expériences les ont affectés et affectées dans la vie, dans leurs relations, leurs affections, leurs décisions, dans l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes et parfois dans l’envie de mourir. Entourés de souvenirs fragmentés ou d’images impossibles à oublier, de phrases ineffaçables, de l’impossibilité de fuir, de comprendre, et la désillusion de beaucoup, au moment de parler et de lever le secret auprès d’autres, de se heurter à la force du démenti.
Les personnes, naturellement, ont besoin des affections, du lien avec les autres, et les cherchent ; c’est ce qui nous rend humains. Les enfants cherchent ce lien dans la tendresse, dans l’amour de ceux qui sont proches, parmi ceux que nous aimons et à qui nous faisons confiance. C’est ainsi qu’une grande partie des personnes qui ont été victimes d’abus sexuels le sont de la part de quelqu’un de leur entourage proche : un père, une mère, un oncle, une cousine, un frère, quelqu’un qui jouit de l’affection et de la confiance, non seulement de la personne qui subit l’abus, mais aussi de la famille.
Dans la petite pièce où je les reçois, j’écoute leurs récits avec tout le respect que je peux offrir, en permettant que nous découvrions que ce n’était pas leur responsabilité, qu’elles se trouvaient prises dans une dynamique abusive centrée sur le pouvoir d’un autre, qui a abusé d’une affection sincère, qu’il n’est pas juste de vivre ainsi, qu’elles méritent le bien-être psychologique qu’elles cherchent, que c’est leur droit.
Leur soulagement quand elles entendent que je les crois donne un sens à mon travail, et leur remerciement et leur étreinte finale m’émeuvent ; je remercie aussi d’être témoin du début de leur rétablissement.
Paula Vergara, psychologue, coordinatrice technique du pôle de prise en charge de la FPLC
Hablemos de Todo
Nouvelles de la Fundación para la Confianza
Soin de soi et prise de décisions éclairées pour la prévention des conduites à risque chez les jeunes.
Les conduites à risque s’entendent comme des actions volontaires ou involontaires, accomplies par un individu ou une communauté, qui peuvent avoir des conséquences nocives ; leurs causes sont multiples et peuvent tenir à des facteurs bio-psycho-sociaux. Les données montrent qu’elles sont particulièrement intenses à l’adolescence (Minsal, 2019 ; Kranzler, Briley, Diamond, Watson, 1999).
Le Chili fait face à des problématiques qui se traduisent par l’augmentation des conduites à risque dans la population jeune. Cela se reflète dans divers domaines du développement des jeunes : en matière de santé sexuelle et reproductive, l’augmentation des conduites à risque a été significative, en particulier pour l’usage du préservatif lors des rapports sexuels, qui a diminué de 9 points, passant de 49 % en 2012 à 40 % en 2015 (Enquête nationale de la jeunesse de l’Institut national de la jeunesse, ENJ INJUV, 2015).
Ces données alertent sur l’augmentation des risques de contamination par le VIH et les IST, ainsi que sur les probabilités plus élevées de grossesse adolescente dans la population jeune. En ce qui concerne la consommation d’alcool et de drogues, les données révèlent que 12,2 % des jeunes de 15 à 19 ans ont une consommation d’alcool à risque, chiffre qui passe à 18 % chez les jeunes de 20 à 29 ans (Enquête nationale de santé, 2016-2017).
On observe une situation semblable pour la consommation de marijuana, qui a augmenté de presque 10 % entre 2014 et 2016 chez les jeunes de 19 à 25 ans (SENDA, 2016). Autre donnée significative : les accidents de la route impliquant des jeunes de 15 à 29 ans ont augmenté de 50 %, selon la dernière étude publiée par la Commission nationale de sécurité routière (Conaset, 2017).
En ce qui concerne la violence, elle se manifeste dans différents domaines, comme la discrimination et la violence dans les relations amoureuses (le pololeo, au Chili). Pour la discrimination, 36 % des jeunes se sont déjà sentis discriminés au cours de leur vie (ENJ INJUV, 2015).
De plus, selon la même enquête, 7 % déclarent avoir été victimes d’une forme de violence dans le couple, la violence psychologique (13 %) et la violence physique (6 %) étant les plus signalées. Dans le même sens, l’étude « Amores tempranos » (premières amours), sur la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents et les jeunes, indique que 53 % des jeunes ont été témoins de violence dans une relation amoureuse (Fondation Institut de la femme, 2019).
- 36 %des jeunes se sont déjà sentis discriminés au cours de leur vie
- 7 %déclarent avoir été victimes d’une forme de violence dans le couple
- 53 %des jeunes ont été témoins de violence dans une relation amoureuse
Pour ces raisons, l’INJUV, avec le soutien de Todo Mejora et de la Fundación Para la Confianza, développe le programme Hablemos de Todo (Parlons de tout), qui fournit, par le site web Hablemos de Todo, une information sans stigmatisation sur les thèmes les plus importants pour les jeunes.
Todo Mejora est une organisation de la société civile qui se consacre à promouvoir le bien-être des enfants et des adolescents qui subissent du harcèlement et ont des comportements suicidaires, en raison de discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre ; forte de son expérience, elle contribue à la création des contenus du site, en actualisant constamment les données et les thèmes en fonction des intérêts des jeunes.
De son côté, la Fundación Para la Confianza se charge du développement et de l’animation du chat d’accueil, où des professionnels de la santé mentale reçoivent toutes les personnes de 15 à 29 ans qui les consultent sur des sujets qui les intéressent, tels que le genre, la sexualité, les drogues, le bien-être, l’emploi, la santé reproductive, entre autres.
Hablemos de Todo est le fruit de l’union de l’État et de la société en vue de favoriser le bien-être des jeunes, par l’éducation et l’écoute immédiate.
« Le soutien et l’appui de la Fundación Para la Confianza ont été vitaux dans ce cas, avec son souhait de se joindre au projet, de prendre part à ce défi ; un défi qui est sans aucun doute très important pour tout le pays, car l’accès des jeunes à la santé mentale est très difficile, souvent très coûteux ; c’est pourquoi tous les sujets d’idées suicidaires, de harcèlement, de cyberharcèlement, de violence dans les relations amoureuses, de stress, d’anxiété en cette période de pandémie, d’angoisse aussi, parfois ils n’ont personne avec qui en parler, et vraiment, le lancement de cette plateforme avec des experts du sujet, qui savent comment les aborder, je crois que cela ouvre une porte et une grande occasion pour que les jeunes Chiliens, d’une façon ou d’une autre, se sentent soutenus, se sentent écoutés, sentent qu’ils ont un espace où ils peuvent parler de ce qu’ils ressentent, sans aucun préjugé et avec de grandes oreilles qui peuvent les contenir et les aider dans les moments où ils en ont le plus besoin. » María Asunción Cekalovic, directrice nationale par intérim de l’Institut national de la jeunesse (INJUV)
La violence envers les enfants et les adolescents : une pratique enracinée
Nouvelles de la Fundación para la Confianza
Camila avait un an et demi quand son père est mort dans un accident. Les souvenirs sont vagues, mais voici comment elle raconte son histoire : « Quand c’est arrivé, ma mère a arrêté de s’occuper de nous et a commencé à beaucoup boire et à se droguer. Mon frère s’est occupé de moi et volait des poules pour qu’on ait quelque chose à manger. »
La soupe de poule et le froid, elle ne les oublie pas, même si près de vingt ans ont passé et que sa vie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’elle a vécu ses premières années. La négligence et la maltraitance étaient la seule façon de vivre que Camila connaissait, jusqu’à ce que quelqu’un intervienne : un voisin ou une voisine a dénoncé sa mère aux autorités. « Je crois que c’est parce qu’ils ont vu que ma mère nous laissait dormir dehors, la nuit, dans tout ce froid », dit-elle.
Les Carabineros (police nationale) sont venus jusqu’à la maison où elle vivait avec sa mère et l’ont emmenée avec son frère dans une résidence du Servicio Nacional de Menores (SENAME, service public chilien de protection de l’enfance). Comme Camila, ce sont chaque année des milliers d’enfants et d’adolescents qui entrent dans le réseau du SENAME parce qu’ils sont victimes de violence. Selon l’UNICEF, sept enfants sur dix au Chili ont subi de la violence physique ou psychologique de la part de leurs parents ou de proches, parce qu’elle est considérée comme un outil « éducatif ».
Sept enfants chiliens sur dix ont subi de la violence physique ou psychologique de la part de leurs parents ou de proches.
Par ailleurs, le Chili a une grande dette envers l’enfance : c’est le seul pays d’Amérique latine à ne pas disposer d’une loi de garanties et de protection intégrale des droits de l’enfance et de l’adolescence, cadre légal qui, en plus d’assurer des vies plus dignes, mettrait l’accent non seulement sur la réparation des atteintes aux droits, mais aussi sur leur prévention.
Le SENAME indique dans son dernier Annuaire statistique que, en 2018, sur un total de 128 674 enfants et adolescents entrés dans la ligne de prise en charge ambulatoire, 79 778 l’ont été pour maltraitance ou négligence. De même, dans le domaine de la prise en charge de substitution – où entrent moins de 10 % des enfants du réseau – les motifs d’entrée sont les mêmes.
Camila est entrée il y a 20 ans dans une résidence du SENAME et a quitté le réseau à sa majorité. Malgré les tentatives, le rapprochement avec sa mère n’a pas eu le résultat espéré. Les choses ont-elles changé en ces deux décennies ?
Il est vrai que le nombre de résidences du réseau a diminué et que d’autres types de lignes d’action ont été privilégiés, comme les programmes ambulatoires et les familles d’accueil, mais chaque année, davantage d’enfants et d’adolescents sont orientés par les tribunaux de la famille avec une mesure de protection. Cette hausse tient à ce que le SENAME dispose aujourd’hui de davantage de places et de programmes pour prendre en charge les victimes de violence ; cela reste cependant insuffisant, puisqu’en décembre 2018 la liste d’attente atteignait presque 13 000.
- 7 sur 10enfants au Chili ont subi de la violence physique ou psychologique de la part de leurs parents ou de proches (UNICEF)
- 79 778des 128 674 entrées dans la ligne ambulatoire du SENAME en 2018 l’ont été pour maltraitance ou négligence
- 13 000presque : la liste d’attente du SENAME en décembre 2018
La pandémie et la violence
On prévoit que la pandémie aggravera la situation : l’Organisation des Nations Unies (ONU) a alerté sur le fait que le confinement à l’échelle mondiale augmente l’exposition des enfants et des adolescents aux faits de violence et d’abus sexuel, ainsi qu’à la vente, à la traite et à l’exploitation sexuelle. En même temps, les tribunaux ont réduit les orientations ou, pire encore, comme elles sont dirigées vers des programmes précis et pratiquement « à l’aveugle » par les juges, qui ne disposent pas d’informations suffisantes et à jour, on n’a aucune réelle certitude sur la façon dont l’État répondra à la demande croissante de prise en charge.
Terrorisme de l’intimité
Le terrorisme est une menace pour la stabilité la plus élémentaire d’un pays. Ce sont des actes de violence qui mettent en danger les structures fondamentales de sécurité qui permettent à un pays de fonctionner sainement. Il y a une similitude avec ce qui se passe pour une personne victime de violence au foyer. La violence intrafamiliale ou domestique, qui comprend l’abus psychologique, sexuel, physique ou économique, est un coup porté à la structure même d’une personne, parce qu’elle survient là où devraient régner la sécurité et le soin les plus stables : le foyer, la relation intime. C’est pourquoi certains l’appellent précisément terrorisme de l’intimité1.
Les recherches sur les profondes conséquences traumatiques qu’elle entraîne pour les victimes permettent de parler directement de terrorisme de l’intimité. La prévalence mondiale estimée par l’OMS est de 30 %, ce qui en fait la forme de violence la plus répandue dans le monde2.
Le terrorisme de l’intimité est un coup au cœur de la stabilité existentielle d’un être humain. C’est l’instauration d’une sorte de dictature privée3 qui prive la victime – le ou la partenaire, les enfants – de son individualité, abîme sa subjectivité, détruit son estime de soi, son identité et même sa dignité.
Le climat affectif dans lequel évoluent les victimes oscille entre la peur, la honte et la culpabilité. Les conséquences traumatiques peuvent être irréversibles, même si bien souvent elles portent cette situation en silence. Attaques de panique, stress post-traumatique, idées suicidaires, automutilations, abus de substances toxiques, dépression : des centaines de recherches l’ont établi. Nous savons que le terrorisme de l’intimité n’est pas nouveau. Il est ancestral et il semblait relever d’une détermination de la nature, une condamnation que des millions de femmes, du seul fait d’être des femmes, étaient condamnées à subir. Au cours des dernières décennies, la société a commencé à interroger cette détermination apparente, à la remettre en cause et à chercher les moyens nécessaires pour la combattre.
La pandémie, la quarantaine, le confinement constituent le pire contexte pour le terrorisme de l’intimité. La violence augmente autant que diminuent les occasions de demander de l’aide, d’échapper à la terreur grâce au travail, à l’école, à la rue, aux distractions.
Rompre avec la tradition de la violence et du terrorisme de l’intimité exige de regarder cette violence en face, de la reconnaître pour lui ôter son caractère naturel, normal. Non, la violence n’est pas normale, l’abus psychologique, sexuel, physique n’est pas normal, ni l’assujettissement au foyer. Le foyer, la famille, quelle que soit sa composition, doit être un refuge, un espace de soin, de respect, de reconnaissance. Un lieu où nous retrouvons toutes et tous nos forces, et non où nous sommes éliminés. Nous continuerons à lutter, en tant que fondation pour la confiance, jusqu’à y parvenir.
- William G. Herron and Rafael Art. Javier, “A Look at Domestic Violence through the Trauma Lens” en Understanding Domestic Violence. Theories, Challenges, and Remedies (Editado por Rafael Art. Javier y William G. Herron). Rowman & Littlefield, EEUU, 2018.
- World Health Organization [WHO] (2013). Responding to Intimate Partner Violence and Sexual Violence against Women: WHO Clinical and Policy Guidelines. Geneva: World Health Organization.
- Gina Troisi, “Measuring Intimate Partner Violence and Traumatic Affect: Development of VITA, an Italian Scale” en Frontiers in psychology, 2018.
Le risque de harcèlement en ligne contre les enfants augmente pendant le confinement
Pendant cette période de confinement, les cas de grooming signalés ont considérablement augmenté dans le monde. Cela tient à ce que les enfants et les adolescents passent plus d’heures sur les réseaux sociaux et dans les jeux en ligne, et sont donc plus exposés à ce type d’atteinte. Cela a poussé divers experts à appeler à renforcer les mécanismes de prévention.
Face à la pandémie de Covid-19 et à la quarantaine comme seule solution, toutes sortes d’interactions numériques se sont multipliées. Télétravail, achats en ligne, appels vidéo, entre autres, ont été la façon dont les gens ont trouvé d’éviter que la distanciation sociale ne se transforme en isolement. Cependant, selon le subprefecto (commissaire) Luis Orellana, chef de la Brigade de cybercriminalité de la PDI (police judiciaire chilienne), cité dans La Tercera : « Plus il y a de personnes connectées et de transactions sur le web, plus notre navigation est risquée. »
C’est pourquoi l’Office européen de police (Europol) a alerté sur un nombre record de cyberattaques, qui incluent le grooming. À cet égard, le sous-chef de la Brigade de cybercriminalité, Cristián González, affirme qu’il n’y a pas eu d’augmentation importante des plaintes, mais que cela ne signifie pas que cela ne se produit pas, car les enfants et les adolescents ont considérablement augmenté leur usage de plateformes comme Tiktok et de jeux virtuels.
Dans ce sens, Orellana, dans un autre entretien sur le sujet à CNN Chile, donne les recommandations suivantes : ne pas laisser les enfants aller dormir avec leur téléphone ; éviter qu’ils soient seuls dans un endroit de la maison avec un appareil technologique ; donner l’exemple et ne pas être connectés toute la journée ; ne pas avoir de profils ouverts ; et créer des liens de confiance avec les enfants, au cas où ils seraient victimes d’un abus. Sur ce dernier point, la psychologue de Línea Libre (ligne d’écoute de la Fondation pour les enfants et les jeunes) conseille : « Renforçons la confiance avec les enfants et les adolescents et accompagnons-les, car si nous créons des espaces d’écoute et de réflexion, il est plus probable qu’ils puissent revenir vers nous pour que nous les protégions ou pour garder un espace sûr où poser leurs questions. Ainsi, ils n’auront pas peur ni de culpabilité à nous raconter, et nous parviendrons à nous positionner comme un réseau d’accueil, de soutien et d’action face à cette pratique si préjudiciable qu’est le grooming. »
Beaucoup de choses se passent chez nous : comment savoir s’il s’agit de violences ?
Conseils · Línea Libre
- Violence psychologiqueElle consiste en toute action qui, à notre sens, nous dégrade en tant que personnes ou cherche à contrôler nos actions ou nos décisions. Elle peut se manifester, par exemple, par l’humiliation, la restriction, la manipulation ou l’isolement, toute action qui te cause un dommage émotionnel et nuit à ton développement personnel.
- Violence de genreC’est celle qui reprend des stéréotypes, des messages, des valeurs ou des signes qui transmettent et favorisent la répétition de relations fondées sur l’inégalité, le machisme, la discrimination ou la naturalisation de tout rôle de subordination des femmes dans nos espaces. Que des tâches ménagères soient assignées seulement aux femmes, c’est en définitive de la violence.
- Violence physiqueToute action qui provoque un dommage ou une souffrance physique et atteint l’intégrité de la personne : hématomes, blessures, brûlures, et même une bousculade est de la violence physique, et nous ne devons jamais les laisser passer avec des excuses.
- Violence économiqueDans le cadre familial, elle correspond à toute action qui affecte ou empêche de répondre de manière adéquate aux besoins économiques de la famille (ou de l’une des personnes qui vivent au foyer). Elle correspond aussi à tous les actes qui endommagent, font perdre, soustraient, détruisent ou s’approprient des objets ou des biens pour exercer un contrôle sur une autre personne.
- Violence sexuelleToute action qui menace ou viole le droit de décider de ta sexualité et couvre toute forme de contact sexuel. La violence sexuelle ne se limite pas à forcer quelqu’un contre sa volonté : elle comprend toute forme de harcèlement, d’abus ou d’intimidation, que cela se produise dans une relation, au foyer ou en ligne.
- CyberharcèlementDans le cyberharcèlement, il est fréquent qu’on utilise internet et les réseaux sociaux pour publier des informations sur une personne ou un groupe de personnes dans le but de les ridiculiser ou de les humilier. Exposer sur la toile des aspects intimes et privés d’autres personnes est aussi de la violence.
À propos de cette édition. Version web de la revue Por un Mundo sin Abuso (Pour un monde sans abus) de juin 2020, publiée en PDF par la Fundación para la Confianza, avec les coquilles corrigées et de nouveaux graphiques qui résument le contenu. Les chiffres et les références sont ceux de la date de la revue. Línea Libre, mentionnée dans ce numéro, est aujourd’hui suspendue. Télécharger le PDF original (en espagnol)
Équipe éditoriale. José Andrés Murillo, directeur. Verónica Uzcátegui, rédactrice en chef. Nicole del Río, Paula Vergara et Sofía Aliaga, collaboratrices. Cristhian Sotomayor, conception graphique et mise en page. Adresse indiquée dans la revue : José Ramón Gutiérrez 269, Santiago. Courriel : contacto@paralaconfianza.com. Téléphone : 56 9 62272718.
Traduction de la Fundación Para la Confianza. En cas de différence, la version espagnole prévaut. Version espagnole.
