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Revue · juillet 2021 · Fundación para la Confianza

Revue Por un Mundo sin Abuso · Juillet 2021 : Critères pour interviewer une personne victime d’abus sexuel dans l’enfance

Numéro de juillet 2021, à l’occasion de la Journée du journaliste : critères pour interviewer une personne victime d’abus sexuel dans l’enfance, comment parler du suicide dans les médias, l’intérêt supérieur de l’enfant, le Sename, un appel à candidatures pour des startups et les termes pour s’adresser aux différents groupes sociaux.

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L’intérêt supérieur de l’enfant, une clé d’interprétation constitutionnelle

Portrait de José Andrés Murillo, directeur exécutif de la Fundación para la Confianza.
José Andrés Murillo · Directeur exécutif, Fundación para la Confianza

L’un des principes directeurs de la Convention relative aux droits de l’enfant (1989), ratifiée par le Chili en 1990 et qui devrait faire partie des bases structurelles de la Constitution du nouveau Chili, est l’intérêt supérieur de l’enfant. Présent dans plusieurs articles de la Convention (3, 9, 18, 20, 21, 37, 40), il a fait l’objet de nombreuses lectures, mais sa fonction principale est d’être une clé d’interprétation, un critère pour les décisions de politiques publiques et privées.

Chaque fois qu’un agent ou une autorité publique est confronté à une décision, qu’elle soit administrative, juridique, législative, politique ou budgétaire, dans laquelle un enfant ou un groupe d’enfants est concerné, cette décision doit être prise en suivant le bénéfice des enfants du point de vue de l’exercice de leurs droits. Ce principe donne la plus grande flexibilité, dans tous les domaines, dès lors qu’il s’agit de servir l’intérêt des enfants concernés.

Si l’on parle habituellement de l’intérêt supérieur dans le cadre judiciaire, comme d’une proposition d’interprétation pour les juges et les tribunaux, il est important qu’il ne reste pas seulement là. C’est ce que l’on appelle aussi la priorité absolue de l’enfance et de l’adolescence. Dans un pays régi par ce principe, les décisions législatives doivent toujours être subordonnées à l’intérêt supérieur des enfants. Il en va de même pour le budget de la nation et pour les organisations administratives. Au lieu de reléguer au second plan tout ce qui concerne les enfants, comme s’ils étaient des citoyens de seconde zone, il faut au contraire les placer au premier plan, au-dessus des autres intérêts. Alors seulement nous ferions de ce principe directeur de la Convention une réalité : « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

José Andrés Murillo, directeur exécutif de la Fundación para la Confianza

Le Sename, la plus grande blessure du Chili depuis la dictature

Témoignage · Carolina Rojas, journaliste

Il y a quinze ans, lors des premiers reportages que nous, journalistes, avons dû faire sur le Sename (Servicio Nacional de Menores, service public chilien de protection de l’enfance), ce qui nous a le plus frappés, plus que la précarité et la négligence de la prise en charge en résidence, c’est l’indifférence de toute une société. Nous n’aurions jamais pensé qu’avec le temps la question des abus contre l’enfance atteindrait l’ampleur dont nous sommes témoins : une génération de jeunes traumatisés par des vécus écrasants, des familles détruites par des adoptions irrégulières et même des morts d’enfants dans l’enfermement.

Le Sename est la plus grande blessure de ce pays depuis la dictature. Et elle suppure encore.

Ce que l’on croyait au début être des cas isolés s’est révélé, avec le temps, être un problème transversal. Un film irlandais sur les internats devenu réalité.

La réparation est une obligation de l’État envers les victimes de violations des droits humains. Et c’est bien le cas ici. Mais il est difficile d’en parler quand, à intervalles réguliers, de nouvelles histoires de violence se révèlent et que s’ouvre cette porte d’une pièce sombre que ce pays ne veut pas voir.

Avant l’affaire de Lisette Villa, publier sur le Sename, c’était raconter les histoires d’enfants dont personne ne se souciait. Pour beaucoup, c’était « un délinquant de plus » qui avait été assassiné, qui était « mort fidèle à sa loi ». Nous avons besoin de l’engagement des autorités en faveur de l’indemnisation et de garanties de non-répétition. Que la formule rebattue « No más Sename » (plus de Sename) cesse d’être le graffiti sur les murs pendant l’explosion sociale (estallido social) pour devenir une discussion de toutes et de tous. Car ce qui n’est pas nommé n’existe pas.

Carolina Rojas, journaliste

Impactus Ventures récompensera des startups jusqu’à 30 000 USD pour leur impact sur les enfants et les adolescents

Actualités de la Fundación para la Confianza · Par Francisca Garrido

L’appel à candidatures commencera le 15 juillet et les startups qui peuvent postuler relèvent des domaines de la santé, de l’éducation et de la protection. Les lauréates mettront en œuvre leurs solutions au Chili.

Avoir un effet positif sur la santé, l’éducation et la protection des enfants et des adolescents de 0 à 18 ans : c’est ce que cherche le Défi ChildTech, porté par la plateforme chilienne d’innovation sociale Impactus Ventures.

Le processus de candidature sera lancé le jeudi 15 juillet et prévoit deux prix pouvant aller jusqu’à 30 000 USD, ainsi que la mise en œuvre au Chili des solutions proposées par les startups lauréates. L’appel à candidatures pour le pays restera ouvert pendant deux mois et, en septembre, commencera le processus de sélection des initiatives lauréates, qui lanceront à partir d’octobre la mise en œuvre de leurs solutions avec leurs partenaires de mise en œuvre respectifs. La mise en œuvre dure six mois au maximum, et les résultats seront présentés publiquement en mai 2022.

  1. 15 juilletL’appel à candidatures commence au Chili ; il reste ouvert deux mois
  2. SeptembreDébut de la sélection des initiatives lauréates
  3. OctobreDébut de la mise en œuvre, pour six mois au maximum
  4. Mai 2022Les résultats sont présentés publiquement
Calendrier du Défi ChildTech au Chili, d’après la revue.

En parallèle, et une fois l’appel lancé pour le Chili, l’appel à candidatures sera ouvert pour le Mexique et la Colombie.

Par ailleurs, au sujet de l’initiative, Ignacia Donoso, directrice de projets d’Impactus Ventures, explique que « le Défi ChildTech décernera deux prix pour mettre en œuvre un projet centré sur la petite enfance (enfants de 0 à 5 ans) et un autre centré sur les enfants et les adolescents (de 6 à 19 ans). De même, selon la solution lauréate, il sera aussi possible d’avoir un effet sur les parents et les responsables légaux de ces enfants et adolescents, et sur le personnel éducatif des établissements scolaires qu’ils fréquentent ».

La première catégorie du prix, « Protection et santé mentale pour les enfants et les adolescents », pourra être abordée sous l’angle de la protection (prévenir le recrutement d’enfants et d’adolescents, protéger les enfants de la toxicité en ligne et les protéger contre les conflits et la violence) ou sous l’angle de la santé (étendre un service de santé mentale multicanal, améliorer le bien-être émotionnel, construire des relations saines et améliorer l’estime de soi des adolescents).

De même, la seconde catégorie, « Éducation pour la petite enfance », devra être abordée sous l’angle de l’éducation, avec les solutions suivantes : accroître l’apprentissage socio-émotionnel, améliorer l’estime de soi, apprendre à gérer les émotions, enseigner l’autorégulation émotionnelle, identifier leurs émotions et leurs sensations, apprendre des stratégies d’adaptation saines et parvenir à un développement intégral.

Pour le cas chilien, ce seront la Fundación para la Confianza et une seconde organisation à but non lucratif, elle aussi locale et dédiée à la protection et au renforcement de la petite enfance, qui joueront le rôle de partenaire de mise en œuvre et travailleront avec Impactus Ventures et les startups lauréates au développement de l’initiative.

La communication pour le changement social comme outil d’éducation

Entretien · Par Daisy Seguel

L’Espagnol Manuel Calvelo Ríos, géologue et lauréat du prix SEN de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a été l’un des promoteurs du concept de Communication pour le développement et le changement social, et le principal promoteur de la Proposition communicationnelle Pédagogie de masse multimédia. Il a aussi formé les premiers réalisateurs de Televisión Nacional de Chile en 1969 et apporte depuis des années sa contribution, depuis l’université, à la communication et à l’éducation, ainsi qu’à la formation de secteurs ruraux et urbains marginalisés.

Portrait de Manuel Calvelo Ríos, avec une casquette, des lunettes et une écharpe bleue.
Manuel Calvelo Ríos.

En quoi consiste la communication pour le changement social, et quel est son objectif ?

Il existe six types de base de messages, dont trois relèvent de la Communication et trois de l’Information. En premier lieu, la Communication pédagogique, pour partager le savoir avec ceux qui en ont besoin afin d’améliorer leurs conditions de vie, de relation sociale et de gestion des écosystèmes. En deuxième lieu, la Communication scientifique, qui franchit la barrière de ce que nous appelons le « terrorisme académique », afin que la population puisse participer aux décisions des gouvernements sur l’orientation de la Science. Et enfin, la Communication pour l’organisation participative, en comprenant que participer, c’est obtenir ou retrouver des espaces de pouvoir social qui ont été niés ou expropriés.

De son côté, il y a l’Information sociale, qui est culturelle, affective, politique, et qui est destinée à sensibiliser et à faciliter la prise de bonnes décisions, en plus de valoriser et de respecter toute forme de diversité et de rechercher l’équité. Il y a aussi l’Information technologique, pour acquérir les instruments dont nous avons besoin et non les jouets qu’on nous vend, chers, à obsolescence programmée et à courte durée de vie. Et enfin l’Information de marché, car celui-ci n’est ni parfait ni transparent.

Il est clair que nous donnons la priorité à la Communication pédagogique et, dans la pratique, nous avons découvert que le modèle théorique Émetteur–Média–Récepteur devait être remplacé par un modèle réel de communication Interlocuteur–Message–Interlocuteur. Dans ce modèle, les contenus, les codes, le niveau initial, la structure du récit, l’instrument, le traitement formel et le moment de l’échange des messages doivent être établis et convenus avec l’interlocuteur majoritaire, c’est-à-dire la population de base ou les segments socialement ségrégués.

La Communication pour le développement et le changement social doit être durable à quatre niveaux : Économique, Écologique, Énergétique et Équité. Elle ne cherche pas l’égalité, car l’homogénéité des produits industriels est un trait fondamental de leur qualité, alors que, dans le monde biologique et social, le trait fondamental de la qualité est la diversité. Diversité de tout genre et de toute orientation sexuelle, de couleur de peau, de croyances, de cultures, de langues, etc.

De quelles manières pouvons-nous utiliser les communications pour favoriser une plus grande inclusion et faire reculer la violence ?

Au départ, il ne faut pas confondre les médias de masse avec les moyens de communication, car ils n’en sont pas. Nous devons utiliser tous les moyens alternatifs, radios communautaires, chaînes de télévision communales, ainsi que tous les instruments dont nous disposons aujourd’hui grâce au Réseau, et ainsi produire et échanger des messages qui traitent les thèmes essentiels pour la population. Non pas ceux dont elle a envie, mais ceux dont elle a besoin, et c’est là qu’intervient le rôle du pédagogue et du communicateur pour le Changement social : distinguer les demandes issues de la conscience imposée par des messages de manipulation et de désinformation, et agir avec des messages qui demandent le développement et la croissance de la conscience autonome, solidaire et équitable.

Comment la communication pourrait-elle contribuer à la santé mentale de l’enfance et face aux abus sous toutes leurs formes ?

D’abord, analyser les messages que la population reçoit par les médias de masse et par le réseau. Ensuite, chercher la collaboration de personnes connues ou renommées, pour qu’elles soient les visages vivants de nos messages lorsqu’un émetteur interne est nécessaire.

Après cela, former rigoureusement, dans des délais relativement brefs, le personnel en mesure de produire ces messages sans tomber dans les travers formels des messages actuels. Enfin, diffuser ces messages, essentiellement audiovisuels, par tous les moyens disponibles.

Critères pour interviewer une victime d’abus sexuel dans l’enfance

Actualité · Par Antonio Maldonado

La coordinatrice du domaine de prise en charge de la Fundación para la Confianza, Paula Vergara Cortés, présente une série de recommandations pour traiter les sujets d’abus dans les médias de manière responsable et humaine.

Portrait de Paula Vergara, souriante, aux longs cheveux blonds.
Paula Vergara Cortés, coordinatrice du domaine de prise en charge de la Fundación para la Confianza.
  1. Protéger l’identité de la victimePréserver son identité, c’est la reconnaître et respecter sa dignité ; la publier peut constituer une victimisation secondaire. Les noms des parents, de l’établissement scolaire ou l’adresse permettent aussi de l’identifier.
  2. Préparer l’entretien de manière responsableDemander jusqu’où la personne souhaite aller et ne pas l’interviewer si elle n’est pas en état émotionnellement. Éviter les noms, les détails de l’agression et les questions qui traumatisent à nouveau.
  3. Employer un langage adaptéSupprimer le mot « menores » et parler d’enfants et d’adolescents, comme de sujets de droits. Éviter les mots qui stigmatisent ou qui « chosifient ».
  4. Être claire avec la victime et gérer les attentesAvoir à l’esprit la loi 21.057 sur l’audition filmée de l’enfant ; insister pour l’interviewer peut causer une atteinte émotionnelle inutile. La personne doit avoir clairement en tête l’objectif de l’entretien.
  5. Faire appel à des spécialistesUn conseil professionnel spécialisé évite de traumatiser à nouveau la personne interviewée et le dommage psychique.
  6. Informer sur les canaux d’aideFournir du contenu éducatif et indiquer les lieux où les victimes peuvent obtenir de l’aide.
Les six critères de Paula Vergara pour interviewer une personne victime d’abus sexuel dans l’enfance.

1. Protéger l’identité de la victime

Préserver l’identité de la personne relève du droit à l’intimité personnelle et à la vie privée ; c’est une manière de la reconnaître et de respecter sa dignité de sujet, et cela la protège d’être reconnue par d’autres. Publier son identité peut constituer une victimisation secondaire et traumatiser à nouveau la personne qui a été victime, en l’exposant à la mise en cause ou à la stigmatisation de la part du milieu social, qui ne l’accueillera pas nécessairement et ne fera pas nécessairement partie du processus de réparation. L’abus sexuel entraîne, dans de nombreux cas, des sentiments de culpabilité et de honte, nés de la fausse croyance d’y avoir participé, de ne pas avoir arrêté les faits de violence ou d’être différent des autres ; exposer la victime en donnant son nom peut aggraver cette situation. Dans certains cas, on ne mentionne pas l’enfant ou l’adolescent, mais on donne les noms des parents, l’établissement scolaire, l’adresse, ce qui permet facilement de les identifier.

2. Préparer l’entretien de manière responsable

Il faut s’informer et demander jusqu’où la personne veut aller avec les informations qu’elle peut donner, sans s’exposer ni aborder l’expérience traumatique si elle n’est pas en état émotionnellement de le faire. Avoir clair l’objectif de l’entretien, en considérant toujours que l’information peut aider d’autres personnes à demander de l’aide en reconnaissant leurs propres vécus d’abus. Éviter les questions qui impliquent de donner des noms, des détails de l’agression ou des circonstances qui traumatisent à nouveau en évoquant des événements qui, bien souvent, ont un impact émotionnel ou provoquent même des reculs importants dans le rétablissement de la personne.

3. Employer un langage adapté

Il faut supprimer le mot « menores » ; on parle aujourd’hui d’enfants et d’adolescents. Ne pas employer des expressions comme « Niño Abusado » (l’enfant réduit à l’abus), « Niño SENAME » (l’enfant réduit à l’institution) ou « Menor Dañado » (l’enfant réduit à son dommage). Éviter les termes qui « chosifient » les enfants, en les considérant toujours comme des sujets de droits. Une erreur à corriger tient à l’emploi de mots qui stigmatisent la personne touchée, par exemple : « MENOR ABUSADO », « JOVEN DELINCUENTE » (jeune délinquant), « SE ENCONTRÓ A LA JOVEN CON UN HOMBRE QUE LA ACOMPAÑABA » (on a trouvé la jeune fille avec un homme qui l’accompagnait), ou encore la divulgation d’informations privées sans le consentement de la famille, de l’enfant ou de l’adolescent, ou propres à l’enquête. Il faut aussi éviter de fournir des images de la personne, surtout si elle est « menor de edad » (seul emploi acceptable du mot « menor »), et de les diffuser sur les réseaux sociaux.

4. Être claire avec la victime et gérer les attentes

Une personne qui a vécu cette expérience devra participer à différentes instances où elle doit parler ou être interviewée ; au Chili est même en vigueur la loi 21.057 sur l’audition filmée des enfants et des adolescents, afin de prévenir la victimisation secondaire, de réduire le nombre d’auditions, entre autres objectifs, de sorte qu’insister pour l’interviewer peut causer une atteinte émotionnelle inutile. Si la victime accepte l’entretien, elle doit avoir une totale clarté sur son objectif, afin de ne pas susciter de fausses attentes quant aux résultats de la publication de contenus liés à cette atteinte à ses droits.

5. Faire appel à des spécialistes

Face à ce sujet, il est important de disposer d’un conseil professionnel spécialisé afin de ne pas traumatiser à nouveau la personne interviewée et d’éviter un dommage psychique.

6. Informer sur les canaux d’aide

Lorsque ce type de sujets est traité dans les médias, il faut fournir du contenu éducatif et indiquer les lieux où les victimes peuvent obtenir de l’aide.

Pourquoi est-il important de parler du suicide dans les médias ?

Actualité · Par Antonio Maldonado

Ces dernières années, la couverture de sujets complexes liés à la santé mentale a augmenté. L’un d’eux est le suicide, l’une des causes de décès les plus fréquentes dans notre pays. Un traitement correct peut être efficace et contribuer à la lutte contre l’un des problèmes les plus difficiles que vivent aujourd’hui les Chiliennes et les Chiliens.

En septembre 2015, quelques jours après le décès d’Eduardo Bonvallet, la présidente de la Fundación José Ignacio, consacrée à la prévention du suicide chez les enfants et les jeunes, Paulina del Río, a été invitée dans une émission du matin pour parler du sujet. Le segment télévisé devait durer 15 minutes ; cependant, l’intérêt a été si grand que del Río a dû rester près d’une heure à l’antenne. Le lendemain, l’adresse de courriel d’aide de la fondation a reçu 400 courriels d’histoires de personnes ayant différents niveaux d’idées suicidaires.

« C’était comme une catharsis collective », raconte del Río, qui révèle aussi que cela s’est répété dans le temps. « Chaque fois que les médias parlent de suicide, nous recevons deux fois plus de demandes, des demandes d’aide pour la personne qui écrit ou pour un proche. Nous avons vu que les jeunes se sentent très bien représentés par les histoires qu’ils voient, entendent ou lisent, et cela a un effet bénéfique, car ils se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation. »

Paulina explique que les médias jouent un rôle fondamental dans l’information et la prévention. Le tabou qui les empêchait de parler auparavant n’est pas seulement celui des médias, mais celui de la population en général. Lorsque les médias osent aborder le sujet, il se produit une réaction très positive : les gens osent prononcer le mot suicide, et c’est le premier pas pour se rendre compte que cela peut arriver à n’importe qui, dans une tempête parfaite.

« Les médias non seulement peuvent, mais doivent parler du suicide. » Paulina del Río

« Si l’on voit chez soi des émissions de télévision, des entretiens, des reportages sur le suicide, il se passe la même chose que ce qui s’est produit ces dix dernières années avec la diversité sexuelle. À mon avis, les médias non seulement peuvent, mais doivent parler du suicide », dit-elle.

Cependant, communiquer sur un sujet aussi complexe ne peut pas se faire à la légère. La manière dont les cas sont traités et présentés doit l’être avec un soin particulier et en ayant conscience que la personne qui reçoit le message peut être vulnérable. « On ne doit jamais glorifier la personne qui s’est ôté la vie, mais toujours expliquer qu’elle souffrait beaucoup psychiquement. On ne doit pas non plus mentionner la méthode utilisée pour se donner la mort », souligne del Río. Elle avertit aussi que, dans la presse écrite, l’information ne doit pas être mise à la une mais dans l’une des dernières pages ; et dans les médias audiovisuels, elle ne doit pas figurer parmi les premières nouvelles annoncées. De même, il ne faut inclure ni photos ni vidéos du suicide lui-même, ni de la veillée funèbre ou des funérailles.

Lorsque les médias traitent le sujet avec sérieux, en faisant appel à des professionnels de la santé mentale, ou à des personnes qui ont élaboré leur expérience et se sont formées à la prévention ou au deuil, le public peut apprendre qu’il faut abattre les mythes et les préjugés. Et, surtout, que nous pouvons tous contribuer à la prévention d’un suicide simplement en écoutant, en validant, en serrant dans nos bras et en accompagnant la personne pour qu’elle cherche une aide professionnelle.

« Je crois que le changement le plus nécessaire est que nous comprenions que la prévention du suicide commence dès le berceau, en encourageant une estime de soi saine, en apprenant à détecter les signes de troubles de l’humeur ou de maladies mentales ; en enseignant la reconnaissance des émotions, la tolérance à la frustration et la résolution des conflits dès le plus jeune âge ; en mettant l’accent sur la collaboration plutôt que sur la compétition ; en faisant place à la vulnérabilité (surtout chez les hommes) », conclut del Río.

Comment s’adresser dignement aux différents groupes sociaux ?

Conseils · Línea Libre (ligne d’écoute de la Fondation pour les enfants et les jeunes)

Quatorze termes adaptés, d’après les fiches de Línea Libre publiées dans la revue.

  1. Enfant et/ou adolescentToute personne de moins de 18 ans.
  2. Personnes âgéesPersonnes qui constituent le groupe social le plus âgé.
  3. Personnes en situation de pauvretéPersonnes qui souffrent de manques dans diverses dimensions.
  4. Personnes privées de libertéPersonnes qui se trouvent dans une relation de dépendance, de subordination et de garde à l’égard de l’État.
  5. Personnes en situation de ruePersonnes sans résidence fixe qui passent la nuit dans des lieux publics ou privés.
  6. Personnes qui subissent de la maltraitancePersonnes qui ont subi des violences physiques ou psychologiques.
  7. Personnes agressées dans la sphère de la sexualitéPersonnes qui ont été victimes d’abus sexuel.
  8. LGBTIQ+Personnes qui appartiennent à une diversité sexuelle.
  9. Victimes de la traite des personnes et/ou de l’exploitation sexuellePersonnes qui ont été déplacées et exploitées sans leur consentement.
  10. FemmesUtiliser un langage neutre (sans genre), des dédoublements (hommes et femmes) ou utiliser /(.
  11. Peuples autochtonesGroupe de personnes appartenant à une ethnie.
  12. Personnes migrantesPersonne qui quitte le lieu où elle vivait et arrive dans une autre destination pour s’y établir.
  13. Personnes en situation de handicapPersonnes ayant des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles à long terme.
  14. Personne atteinte de maladie mentalePersonne ayant reçu un diagnostic de trouble mental.
Termes adaptés pour désigner différents groupes sociaux, tels qu’ils figurent sur les fiches.

À propos de cette édition. Version web de la revue Por un Mundo sin Abuso de juillet 2021, publiée en PDF par la Fundación para la Confianza, avec les coquilles corrigées et de nouveaux graphiques qui résument le contenu. Les chiffres, les dates et les références juridiques correspondent à la date de la revue. La Línea Libre mentionnée dans ce numéro est aujourd’hui suspendue. Télécharger le PDF original (en espagnol)

Équipe éditoriale. José Andrés Murillo, directeur. Verónica Uzcátegui, rédactrice en chef. Nicole del Río, Carolina Rojas, Francisca Garrido, Daisy Seguel et Antonio Maldonado, collaboratrices et collaborateurs. Cristhian Sotomayor, conception graphique et mise en page.

Traduction de la Fundación Para la Confianza. En cas de différence, la version espagnole prévaut. Version espagnole.