Revue · juin 2021 · Fundación para la Confianza
Revue Por un Mundo sin Abuso · Juin 2021 : Le traitement digne des personnes âgées
Numéro de juin 2021, à l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées : la Constitution et l’enfance, les personnes âgées et le service SOL, la violence sexuelle lors de l’explosion sociale (estallido social), le traitement digne des personnes âgées, l’impunité de la violence sexuelle dans les conflits et des conseils face à une révélation.
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Sommaire
- La Constitution et l’enfance
- Témoignage : les personnes âgées pendant la pandémie
- Les personnes âgées ont besoin d’être écoutées
- Entretien avec Consuelo Contreras
- Le traitement digne des personnes âgées
- La lutte contre l’impunité de la violence sexuelle dans les conflits
- Que ne faut-il pas dire face à la révélation d’un abus sexuel ?
La Constitution et l’enfance
Le Chili entre dans une période constituante. Ce processus devrait durer environ un an, peut-être un peu plus. Cent cinquante-cinq femmes et hommes ont été élus pour dialoguer, problématiser, recevoir les contributions de la population et rédiger la nouvelle Constitution qui régira notre pays pour les décennies à venir. Ils arriveront avec leurs propositions sous le bras, ou peut-être disposés à écouter, à convaincre et à se laisser convaincre par d’autres expériences, d’autres points de vue, ou par une vision plus large, plus inclusive, plus juste.
Parmi tous les thèmes et tous les intérêts qui seront débattus, il y en a un qui me paraît particulièrement important : les droits de l’enfance et de l’adolescence. Il ne s’agit pas d’élever au rang constitutionnel des politiques publiques, mais d’établir une approche nouvelle, l’approche de l’enfance. Cette approche, qui donnerait la priorité politique, budgétaire, législative et administrative à l’enfance et à l’adolescence, peut transformer le climat social et politique de notre pays. Veiller au bien-être intégral de l’enfance et de l’adolescence, c’est veiller au bien-être de chaque personne du pays. Il n’existe pas d’approche qui, dans sa simplicité, soit plus inclusive, plus universelle et plus efficace pour construire un pays plus sain, plus sûr, moins violent, plus attentif aux soins, plus bientraitant que celle de l’enfance. En même temps, l’absence de cette approche peut, elle, donner lieu à la violence, à l’injustice, à la concurrence effrénée, à l’exploitation et au mépris, à la réduction des êtres humains à de simples chiffres, corps, statistiques, intrants, clients, facteurs de production.
Il ne s’agit pas de « mettre l’accent sur l’enfance », mais de créer une approche à partir d’elle. L’enfance est une invitation à tout regarder autrement. D’une manière mystérieusement nouvelle, comme chacune de ses questions. Des questions qui ne cherchent pas une réponse seulement rationnelle, mais une interpellation, une remise en question profonde du sens de notre manière d’agir, d’entrer en relation, d’administrer. C’est l’approche dont nous avons besoin, et j’invite les constituantes et les constituants à s’arrêter un instant pour y réfléchir. Je suis convaincu que cette expérience, aussi étrange qu’elle puisse paraître, est structurelle, commune et partagée, et qu’elle est à la base du pacte commun que nous devons construire comme pays.
José Andrés Murillo, philosophe, directeur de la Fundación para la Confianza
Témoignage : les personnes âgées pendant la pandémie
María José Kaufmann, psychologue de SOL
Dans mon travail de psychologue de SOL, canal de soutien psychologique destiné aux adultes, j’ai connu, accompagné et soutenu l’un des groupes d’âge les plus touchés par la pandémie : les personnes âgées. Personne n’est indifférent aux effets que la pandémie a eus sur notre santé mentale et physique, car elle nous a tous et toutes touchés d’une certaine manière. Mais c’est chez les personnes âgées que, d’après mon expérience, j’ai vu un malaise particulier et accentué.
Différentes personnes qui ont contacté SOL par WhatsApp, mais surtout par téléphone, nous ont dit la profonde solitude qu’elles ont ressentie ces dix-huit derniers mois. Une solitude qu’elles attribuent à différents facteurs, comme ne pas pouvoir voir leurs proches ni participer aux activités de leur quartier. Et cela, pas seulement pendant les périodes de confinement total, mais tout au long de la pandémie, en raison du risque plus élevé qu’elles courent.
À cela s’ajoute le grand nombre d’appels de deuil que nous avons reçus à SOL, où nous avons dû écouter et soutenir des témoignages déchirants de personnes âgées dont les conjoints, les proches et les amis sont morts du COVID.
Si la pandémie a été difficile et isolante pour beaucoup, mon expérience dans les lignes d’aide de la Fundación para la Confianza m’a permis de vivre, de première main, cet isolement que connaît la personne âgée, cette solitude qu’elle reçoit d’une société terriblement discriminatoire à son égard. C’est pourquoi je crois, avec plus de force que jamais, qu’il est nécessaire d’écouter les personnes âgées, de leur offrir des lieux d’écoute et d’épanchement, des lieux éthiques qui les rendent visibles, des lieux où elles soient traitées avec le respect et la patience qu’elles méritent et dont elles ont besoin en des temps comme ceux-ci.
María José Kaufmann, psychologue de SOL.
Les personnes âgées ont besoin d’être écoutées
Actualités de la Fundación para la Confianza · Par Diana Bernal Allendes
Renforcer les liens sociaux est l’un des meilleurs moyens de prévenir la marginalisation et l’exclusion sociale des personnes âgées. C’est pourquoi le Service d’orientation en ligne en santé mentale (SOL) de la Fundación para la Confianza s’est particulièrement attaché à rapprocher son aide de cette population.
La pandémie de COVID-19 et ses restrictions ont montré combien il est important et nécessaire de partager et d’interagir avec les autres. Cela a énormément touché l’ensemble de la population, et en particulier les personnes âgées, ce qui a conduit les Nations Unies à exprimer une grande préoccupation, car elles forment souvent un groupe mis à l’écart par la communauté.
Les professionnels du Service d’orientation en ligne en santé mentale (SOL), lancé en septembre 2020 par la Fundación para la Confianza avec le soutien d’Anglo American, l’ont bien constaté dans les différents appels de personnes âgées qu’ils ont reçus. Et même si les personnes âgées ne sont pas le groupe qui recourt le plus à ce canal, contrairement à la population plus jeune, leur besoin d’être écoutées est évident.
La psychologue et responsable de la diffusion de SOL, Antonia Samaniego, rapporte que les principaux motifs de contact sont la demande de soutien dans leur rôle d’aidants ou d’informations sur l’accès aux services sociaux. Mais les appels sur des expériences de solitude et de tristesse liées à la pandémie et aux mesures sanitaires qui en ont découlé sont eux aussi fréquents : éloignement de leurs proches, interruption de leurs traitements de santé, arrêt des espaces habituels de rencontre communautaire.
Samaniego affirme qu’il est important que la société fasse naître des initiatives qui renforcent les liens que créent les personnes âgées, car ce sont elles qui perçoivent le plus fortement l’abandon de la part de la société. C’est en outre l’une des stratégies les plus efficaces pour prévenir les problèmes sociaux associés à la marginalisation et à l’exclusion sociale des personnes âgées, et ses bénéfices s’observent à court comme à long terme.
« En créant des espaces de rencontre et d’écoute, elles peuvent exercer leur participation à la société, donner leur avis sur des sujets importants, être prises en compte dans la prise de décision et apporter leur propre expérience et leur sagesse, ce qui génère des communautés plus inclusives et plus attentives aux autres », ajoute la psychologue.
La situation sanitaire, qui a obligé à tout adapter à une modalité à distance, a aussi mis en évidence la fracture numérique qui existe chez les personnes âgées. C’est pourquoi SOL, pour répondre à ces besoins, a fait connaître son travail aux personnes âgées par une diffusion sur le terrain dans les lieux qu’elles fréquentent le plus dans leurs communes, comme les centres de santé familiale, les comités de quartier et les services municipaux.
À ce sujet, Samaniego assure qu’il est important de rapprocher le programme de cette tranche d’âge de la population, compte tenu des obstacles technologiques, pratiques et idéologiques au moment de demander l’aide de professionnels. « Si je devais leur transmettre un message, je leur dirais que #PedirAyudaEsDeValientes (demander de l’aide est un acte de courage) et que c’est toujours un premier pas difficile, mais qu’il en vaut la peine. Il est possible de trouver un soutien pour parler de ses préoccupations et résoudre ses conflits », conclut-elle.
L’orientation offerte par les professionnels de SOL est ouverte à toute la communauté et entièrement gratuite. Vous pouvez les joindre par téléphone au 800 004 222, écrire un message WhatsApp au +56 9 8201 6781 ou envoyer un courriel à sol@paralaconfianza.com, du lundi au vendredi, de 10 h à 22 h.
Diana Bernal Allendes
Explosion sociale et violence sexuelle : « Malheureusement, il n’y a pas d’actions de réparation »
Entretien avec Consuelo Contreras, conseillère de l’INDH · Par Diana Bernal Allendes
La conseillère et ancienne directrice de l’Instituto Nacional de Derechos Humanos (INDH, institution nationale chilienne des droits humains), Consuelo Contreras, parle de la gravité du plus grand nombre de cas de violence sexuelle commise par des agents de l’État enregistré ces derniers temps, et de la recherche de justice par l’organisme et par les victimes.
L’usage de la violence sexuelle comme méthode de répression n’est pas nouveau au Chili. La conseillère de l’INDH explique que, depuis le retour de la démocratie, l’utilisation de ce mécanisme a commencé lors des manifestations étudiantes de 2012. À l’époque, l’institut a commencé à recevoir des plaintes d’élèves qui subissaient des attouchements et, dans certains cas, des mises à nu après avoir été arrêtées lors des marches. Cela a ensuite continué et a atteint son point culminant dans la crise politique ouverte en octobre 2019.
Pendant cette période, 460 cas de violence sexuelle ont été enregistrés, selon la base de données des victimes et des actions judiciaires de l’Instituto Nacional de Derechos Humanos. À ce propos, Contreras dit s’étonner du faible écart entre les cas d’hommes et de femmes : « normalement, ce sont les femmes qui vivent le plus la violence sexuelle. Je crois qu’il y a une sous-déclaration, ou que les femmes y voient simplement un acte de répression, mais sans la connotation si forte de la violence sexuelle ».
- 460cas de violence sexuelle enregistrés pendant la période, selon la base de données de l’INDH
- 23 %des plaintes déposées par l’INDH concernent des violences sexuelles contre des enfants et des adolescents
- 2012année où l’INDH a commencé à recevoir des plaintes de ce type ; le point culminant date d’octobre 2019
De même, Contreras évoque les cas qui concernent des enfants et des adolescents : « j’ai eu accès à des données selon lesquelles, sur l’ensemble des plaintes déposées par l’INDH, 23 % correspondent à des actes de violence sexuelle contre des enfants et des adolescents, relatifs à des attouchements et à des menaces de viol. Nous avons constaté que, dans ces cas, le ministère public n’offre ni accompagnement ni soutien, et qu’il n’y a aucune orientation vers des programmes d’aide ».
La conseillère précise que l’INDH a essayé d’apporter un soutien supplémentaire, car il « a engagé des actions en justice et apporte, dans certains cas, un soutien psychologique, surtout à des enfants et des adolescents victimes de violence sexuelle, afin de les aider à poursuivre les procédures judiciaires. Mais ce n’est pas la mission de l’Institut, cela ne relève pas de son mandat et il ne dispose pas des ressources nécessaires et suffisantes pour des actions de réparation. Alors, malheureusement, il n’y a pas d’actions de réparation », ajoute-t-elle.
Quant à la responsabilité de l’État, Contreras avoue que les atteintes aux droits humains n’ont presque pas été reconnues et qu’on n’a pas expliqué pourquoi il n’y a pas de ressources pour la réparation des victimes. Par ailleurs, le respect des recommandations qu’ils ont formulées en matière de droits humains et de justice dans leur rapport annuel de 2019 est très faible, la refondation des Carabineros (police nationale) étant l’une des plus vitales.
Sur l’avancement des actions judiciaires engagées par l’organisme, la conseillère affirme que « c’est un processus qui avance lentement. Il y a des affaires dans lesquelles on a réussi à identifier les agents qui ont commis des violations des droits humains et qui comparaissent comme prévenus lors des procès ». Elle indique que, dans les affaires de violence sexuelle en particulier, il est très difficile de prouver les faits, car les policiers n’étaient souvent pas identifiables : ils ne portaient pas de plaque avec leur nom ou leur numéro d’identification.
La membre du Conseil de l’INDH évoque aussi les visites et les études d’organismes internationaux, comme le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et Amnesty International, à propos de la violence exercée par les agents de l’État : « tous sont arrivés aux mêmes conclusions : c’est la plus grande violation des droits humains survenue depuis la dictature civilo-militaire ».
Diana Bernal Allendes
Le traitement digne des personnes âgées : une tâche nécessaire pour aujourd’hui et pour l’avenir
Actualité · Par Diana Bernal Allendes
Combattre l’image stéréotypée des personnes d’âge avancé est une manière de prévenir la maltraitance à l’égard de ce groupe, affirme la psychologue gériatrique et présidente de la Fundación Míranos, Ana Paula Vieira.
Améliorer le traitement des personnes âgées est un objectif de la plus haute importance, non seulement à cause du vieillissement accéléré que connaît la population mondiale et qui entraînera l’une des transformations sociales les plus significatives du XXIᵉ siècle, mais avant tout parce que le traitement digne implique de respecter les personnes âgées par le simple fait d’être des personnes, quels que soient leur âge, leur sexe, leur condition économique ou leur état de santé.
Précisément en ce 15 juin, désigné par les Nations Unies Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, on cherche à sensibiliser la communauté à la reconnaissance et au respect des droits des personnes âgées, qui leur permettent de bien vivre, à l’abri des différentes formes de violence et d’abandon.
À ce propos, la psychologue et présidente de la Fundación Míranos, Ana Paula Vieira, parle de la nécessité de montrer à la société que la réalité de la vieillesse est différente et n’est pas cette perception négative où prévaut le déclin des fonctions physiques et mentales. Car les vieillesses sont diverses, et les personnes âgées peuvent et doivent continuer à contribuer à leur noyau familial comme au progrès de la société.
Et selon la définition de la Convention interaméricaine sur la protection des droits de l’homme des personnes âgées, la vieillesse est active, saine et productive. Pour cette raison, Vieira souligne que l’âge n’empêche pas les personnes âgées de participer aux affaires qui les concernent, par exemple en étant des citoyens et des citoyennes actifs. « Il est important d’encourager la création d’organisations, car la participation collective renforcera leur voix et leur influence comme interlocuteurs valables face à l’État et à la société », ajoute-t-elle.
Pour la psychologue spécialiste de psychogériatrie, « la vision de la vieillesse comme fin de la vie utile et le regard assistanciel, qui tend à garantir les droits matériels élémentaires sans intégrer les dimensions éthiques de la dignité comme droit essentiel, finissent par considérer les personnes âgées comme des objets et non comme des sujets de droits ».
C’est pourquoi Vieira assure que combattre les stéréotypes sur l’image de ce groupe d’âge, en plus d’être une tâche culturelle et éducative qui doit être considérée comme centrale dans les politiques publiques, est une manière de prévenir la maltraitance. Elle dit aussi croire qu’« il ne s’agit pas de chercher un idéal de vieillissement, mais l’objectif ultime est de rendre possibles les conditions et les ressources disponibles pour que les personnes âgées vivent de la manière qu’elles souhaitent et dans la dignité ».
Dans la continuité de ce dernier point, Vieira conclut que l’État doit veiller au bien-être intégral des personnes âgées en répondant à leurs besoins de base, tels que l’accès à un système de santé de qualité, le développement personnel, entre autres. Mais pour garantir la dignité des personnes âgées, il faut aussi l’engagement simultané de la société et des familles.
Quant à la situation démographique de notre pays, l’Observatoire du ministère du Développement social a indiqué dans un rapport de 2020 que le Chili est l’un des trois pays les plus âgés d’Amérique latine. Cela montre encore une fois que travailler au bon traitement des personnes âgées est une tâche nécessaire pour aujourd’hui et pour l’avenir.
Diana Bernal Allendes.
La lutte contre l’impunité de la violence sexuelle dans les conflits
Actualité · Par Diana Bernal Allendes
Cette violence désigne le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, le mariage forcé, la stérilisation forcée et d’autres actes de violence sexuelle d’une gravité comparable perpétrés contre des femmes, des hommes et des enfants ayant un lien direct ou indirect avec un conflit.
Chaque 19 juin, depuis 2015, on commémore la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, une initiative des Nations Unies pour faire prendre conscience de la nécessité de mettre fin à cette forme d’atteinte aux droits et pour rendre hommage aux victimes et aux survivantes et survivants concernés.
Combattre l’impunité de ce crime est une tâche fondamentale pour éradiquer et prévenir des actes de ce type, motivés par des objectifs politiques, militaires ou psychologiques de contrôle des territoires, des populations ou des ressources naturelles. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Yémen et la Colombie font partie des pays où ils continuent d’être commis.
L’avocate de la Corporación Humanas (organisation chilienne de défense des droits des femmes), Camila Maturana, indique que ce sont historiquement les femmes et les dissidences sexuelles qui ont subi des formes spécifiques de violence de caractère sexuel. Et, lorsqu’il s’agit précisément de violence sexuelle politique, celle-ci porte un message aux victimes quant aux rôles de genre et à la subordination des femmes et des filles.
Dans la même ligne, Maturana explique que, pour les victimes, il est difficile de porter plainte dans une société patriarcale où elles sont stigmatisées, où leur parole est mise en doute et où on les rend responsables du fait plutôt que l’agresseur. Elle souligne en outre que l’impunité ne découle pas de l’absence de ces plaintes. « L’impunité n’est rien d’autre que naturaliser certaines conduites et les accepter, ne pas les considérer comme graves. C’est réduire à nouveau les victimes au silence et les victimiser à nouveau », définit-elle.
« L’impunité n’est rien d’autre que naturaliser certaines conduites et les accepter, ne pas les considérer comme graves. C’est réduire à nouveau les victimes au silence et les victimiser à nouveau. » Camila Maturana, Corporación Humanas
« Concernant la violence sexuelle politique, cette impunité pourrait s’illustrer non seulement par la faible proportion de condamnations, mais surtout par l’invisibilité de la violence sexuelle au moment d’enquêter, de qualifier juridiquement les faits et d’imposer des sanctions, dans les cas où des condamnations sont obtenues. Elle s’illustre aussi par l’inexistence de mesures de réparation spécifiques pour ces crimes particuliers commis contre des femmes », précise Maturana.
L’avocate de la Corporación Humanas explique que, pour faire face à l’impunité dans ces cas, il faut des cadres normatifs qui définissent adéquatement ces faits comme des crimes, qui fixent des sanctions adaptées à leur gravité et qui indiquent clairement les obligations des différents organes de l’État dans leur travail de prévention.
Parmi les actions de prévention que signale Maturana figurent des campagnes d’éducation et de sensibilisation, tant aux droits des femmes et des filles qu’à leur intégrité personnelle. De même, il s’agit d’aborder ces thèmes dans la formation des enseignants et dans les programmes scolaires, qui doivent être non sexistes et garantir une éducation sexuelle intégrale.
À cela s’ajoute la formation des agents publics aux droits humains, en particulier des acteurs du système judiciaire comme les juges, les procureurs, les policiers, entre autres. Ainsi, les cas de violence sexuelle peuvent être traités avec une perspective de genre qui permette de respecter les droits des victimes et d’obtenir une enquête et une condamnation adéquates.
- Des cadres normatifs qui définissent ces faits comme des crimes, avec des sanctions à la mesure de leur gravité et des obligations claires pour les organes de l’État.
- Des campagnes d’éducation et de sensibilisation aux droits des femmes et des filles et à leur intégrité personnelle.
- Une formation des enseignants et des programmes scolaires non sexistes, avec une éducation sexuelle intégrale.
- Une formation aux droits humains des agents publics, en particulier des juges, des procureurs et des policiers.
Aujourd’hui, malheureusement, cette lutte a été entravée par la pandémie de COVID-19. En 2020, selon le rapport établi pour le Conseil de sécurité de l’ONU par le Secrétaire général, António Guterres, la pandémie a non seulement entraîné une augmentation de ces agressions, mais elle a aussi affecté l’accès des victimes à l’aide ainsi que la possibilité de porter plainte.
C’est pourquoi Guterres avertit qu’il faut répondre aux besoins des victimes et à la violence sexuelle. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut éviter les cercles vicieux de violence et d’impunité qui affectent la cohésion sociale, la santé publique et la consolidation de la paix.
Diana Bernal Allendes
Que ne faut-il pas dire face à la révélation d’un abus sexuel ?
Conseils · Línea Libre (ligne d’écoute de la Fondation pour les enfants et les jeunes)
- « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? »Lorsque des dynamiques abusives s’installent, la victime est enveloppée dans un lien de confiance et de manipulation. C’est pourquoi il peut s’écouler du temps avant que chaque personne le raconte, et il faut savoir respecter cela.
- « Oui, mais qu’est-ce qui s’est passé d’autre / qu’est-ce qu’il ou elle t’a fait d’autre ? »Il ne faut pas pousser la personne à donner plus de détails. La victime vous dira ce qui est nécessaire pour que vous sachiez ce qu’elle a vécu ; le reste n’est pas indispensable. Écoute avec attention, avec tendresse et avec respect.
- « Mais si cette personne est si gentille, je ne crois pas qu’elle ait fait une chose pareille. »Répondre par un jugement (bon ou mauvais) met la victime en insécurité et ne lui apporte pas le soutien dont elle a besoin.
- « Mais, tu es certain que c’est arrivé ? »Juger la victime ou la mettre en insécurité peut faire qu’elle ne le raconte plus jamais, et donc qu’elle n’arrive pas à demander de l’aide. C’est pourquoi il est important de ne pas mettre en doute ce qu’on nous dit, et de réaffirmer qu’il est bien qu’elle nous le raconte.
- « Moi aussi je l’ai vécu, ça va passer… »Chaque personne est différente et réagit différemment à ce qui lui arrive. C’est pourquoi il ne faut jamais minimiser ce que chaque personne ressent, ni supposer qu’elle suivra un parcours semblable.
Alors, que dire ?
Voici quelques phrases qui peuvent vous orienter :
- Tu n’es pas seul.
- Du calme, je vais t’aider.
- Tu es très courageux de me raconter cela.
- Rien de tout cela n’était ta faute.
- Cette situation est très injuste pour toi.
- Ensemble, nous allons chercher de l’aide.
À propos de cette édition. Version web de la revue Por un Mundo sin Abuso de juin 2021 (le PDF porte le n° 13), publiée en PDF par la Fundación para la Confianza, avec les coquilles corrigées et de nouveaux graphiques qui résument le contenu. Les chiffres et les références correspondent à la date de la revue. Télécharger le PDF original (en espagnol)
Équipe éditoriale. José Andrés Murillo, directeur. Verónica Uzcátegui, rédactrice en chef. Nicole del Río, Diana Bernal Allendes et María José Kaufmann, collaboratrices. Cristhian Sotomayor, conception graphique et mise en page.
Contact figurant dans le numéro. José Ramón Gutiérrez 269, Santiago ; contacto@paralaconfianza.com ; téléphone 56 9 62272718. Les coordonnées de SOL (800 004 222, WhatsApp +56 9 8201 6781, sol@paralaconfianza.com) sont celles publiées en 2021.
La Línea Libre mentionnée dans ce numéro est aujourd’hui suspendue.
Traduction de la Fundación Para la Confianza. En cas de différence, la version espagnole prévaut. Version espagnole.
