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Para la Confianza · por un mundo sin abuso
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Chapitres 6, 7 et 8 · 10 ans pour un monde sans abus

Une empreinte, une méthode et dix ans de plus

Chapitres 6 à 8. Comment la Fondation accueille les personnes qui demandent de l’aide, la méthode de travail de chaque pôle (groupes d’entraide, orientations psychologiques, Línea Libre, prévention et éducation) et ce qu’elle attend de la décennie suivante.

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La confiance, une empreinte

La manière dont les victimes d’abus sont traitées, dans différents espaces de la société, est souvent très précaire. Le manque de formation sur ce sujet est la principale raison pour laquelle, fréquemment, les gens ne savent pas comment faire face à une révélation, ni comment accompagner et guider les personnes qui ont été victimes d’abus. Ce manque a multiplié les mauvaises expériences et, bien souvent, créé des difficultés au moment de poursuivre des démarches judiciaires, thérapeutiques et de réparation.

C’est pourquoi le travail de Fundación para la Confianza repose sur l’idée que l’accueil doit commencer dès l’instant où quelqu’un entend la première parole d’un ou d’une professionnelle de la Fondation. La Fondation a mis l’accent sur cet aspect et fourni un gros effort pour mener un travail spécialisé et de qualité afin que, en définitive, la personne qui a besoin d’aide se sente aussi à l’aise et aussi bien accueillie que possible.

Dans ce chapitre, à travers deux témoignages, nous verrons comment ce processus se met en œuvre et prend vie.

Marjorie

« La première chose dont je me souviens, quand j’ai appelé la Fondation, c’est qu’une femme très aimable m’a répondu, et c’était très étrange, parce que sa voix donnait l’impression d’être à la fois ferme et posée, mais surtout très accueillante », raconte Marjorie Massardo à propos de la première fois où elle a contacté la Fondation pour demander de l’aide.

« Elle me disait : “Ne t’inquiète pas, c’est bien, on va voir ce qu’on va faire, on doit organiser deux ou trois choses, mais tout va bien se passer” », poursuit Marjorie, « et qu’elle m’ait dit ça, c’était complètement différent de ce que j’avais vécu. J’ai ressenti une confiance que je n’avais jamais connue pendant le long parcours que j’avais traversé, dont je savais que j’avais besoin, mais que, jusque-là, je ne savais pas du tout où trouver ».

Marjorie menait seule une procédure judiciaire. Elle avait fait des études de droit, mais n’avait pas encore obtenu son diplôme et n’exerçait donc pas. Un an avant de s’adresser à la Fondation, elle avait engagé une action en justice pour sa fille qui, à cinq ans, avait été victime d’une situation d’abus et d’atteinte à ses droits. À partir de là, elle a commencé à se rendre compte que ce qu’elle avait étudié prenait sens.

Quand la procédure judiciaire a commencé, elle a compris que « même si on pourrait penser que quelqu’un qui a étudié le droit peut comprendre comment fonctionne le système judiciaire, la réalité est très différente. Vu du côté de la victime, n’importe qui se retrouve complètement désemparé. On ne comprend pas comment les choses se passent, ni comment on en arrive à revictimiser encore et encore la victime directe et les victimes secondaires. Alors tout ce processus a été très dur, et très difficile à supporter », se souvient Marjorie.

C’est à cette période que la psychologue qui l’aidait dans sa thérapie lui a conseillé de s’adresser à la Fondation. Elle l’a convaincue, dit-elle, parce que dans cet espace elle pourrait rencontrer des personnes qui vivaient des situations semblables à la sienne, ce qu’elle n’avait jamais fait.

« Plus que des attentes, je ressentais une très grande anxiété, le besoin d’avoir un soutien et de ne pas me sentir seule ; j’étais très angoissée, inquiète, meurtrie, mais j’avais quand même la foi, la confiance et beaucoup d’espoir », se souvient Marjorie.

C’est pourquoi, la première fois qu’elle a appelé, elle a ressenti de la confiance, parce qu’on lui a offert une aide qu’elle n’avait trouvée nulle part ailleurs jusque-là. Et cette aide, en plus, elle a pu la voir. On lui a demandé un courriel dans lequel elle raconterait ce qu’avait vécu sa fille, et on lui a donné rendez-vous quelques jours plus tard. Dès ces premières démarches, Marjorie a perçu une rapidité inhabituelle.

Lors de la première réunion, tout a été déterminant. Elle est entrée dans un lieu accueillant, elle a été reçue par une travailleuse sociale qui l’a amenée à prendre conscience du processus dans lequel elle se trouvait et à « se situer dans la réalité », comme elle le décrit. On lui a donné une perspective, une idée approximative du temps que prendrait une procédure comme celle qu’elle vivait, et on lui a proposé une possibilité : rejoindre les groupes d’entraide (GAMU) de la Fondation.

Elle avait une idée très vague de ce que c’était et, même si on le lui a expliqué, elle avait du mal à imaginer un tel espace, un espace sûr, ce qu’elle ne ressentait plus depuis longtemps.

« À ce moment-là, j’étais comme un robot », explique-t-elle.

Elle menait toute la procédure judiciaire, et elle devait aussi tenir son rôle protecteur et d’accueil auprès de sa fille ; pour cela, comme elle le raconte, elle devait rester maîtresse d’elle-même et « entière ».

« On sent qu’on ne peut pas s’effondrer, pour pouvoir rester entière pour cette petite personne qui vit une expérience si douloureuse, et finalement la société ne te le permet pas non plus, parce qu’il faut répondre de tout et faire face à tout. Au travail, même s’ils ont été très empathiques et m’ont beaucoup soutenue jusqu’à aujourd’hui, il faut quand même produire, on est payé pour produire, et là il faut travailler et fonctionner. Face à elle, je devais rester entière pour qu’elle puisse surmonter une expérience qui, si elle est déjà incompréhensible pour les adultes, imagine-toi pour elle ».

« Alors, quand je suis arrivée là-bas, au GAMU, tout le monde a commencé à raconter pourquoi il était là, et quand mon tour est venu de parler, ça a été terrible, parce que je n’ai pas pu me retenir. J’ai pleuré, pleuré et pleuré. Je me suis sentie dans un espace où j’ai pu libérer toute cette tristesse, cette colère, cette amertume, ce chagrin, ce sentiment de ne rien comprendre, que finalement je ne pouvais libérer nulle part ailleurs, parce que partout je devais répondre ; ici, au contraire, je sentais que c’était un espace sûr, parce que j’étais avec d’autres personnes qui vivaient la même chose que moi ».

« J’avais l’impression de porter le monde sur mes épaules ; alors l’expérience du GAMU a été un espace libérateur, au sens où je pouvais me montrer avec toutes mes blessures, toutes mes douleurs, toutes mes faiblesses, où je n’ai rien eu à prouver, mais où j’ai pu être ce que j’étais vraiment à ce moment-là : une femme brisée, une mère meurtrie et très effrayée ; et montrer une mère très effrayée, c’est finalement — surtout dans les procédures judiciaires — du pain bénit pour l’autre partie. Alors c’était la première fois que je pouvais me sentir libre, sans être remise en question ni jugée. Je pouvais vivre ma douleur ouvertement ».

« Le système social et judiciaire est un système machiste, adultocentré, où la femme est remise en question, culpabilisée ; alors nous, nous sommes toujours responsables, nous sommes toujours coupables, ou nous mentons. Une femme, en particulier une femme qui protège une sœur, une fille ou une nièce qui vit une atteinte aussi grave à ses droits, est toujours remise en question, et nous devons garder une attitude socialement acceptée, en tenant bon avec un aplomb et une force énormes pour pouvoir nous relever chaque fois qu’on prend des coups au parquet, dans les tribunaux de la famille, chez les Carabineros (police nationale) ou partout où l’on va ».

Parallèlement, Marjorie a commencé à bénéficier du soutien juridique de la Fondation, après que la plainte avec constitution de partie (querella) qu’elles avaient déposée avec l’aide d’une avocate privée a fait l’objet d’un classement provisoire (archivo provisional). Comme elle s’en souvient, « le cabinet d’avocats m’a appelée, et ils ont été merveilleux, ils ont été très bien, très professionnels, et Juan Pablo (Hermosilla) a pris le temps de tout m’expliquer à chaque étape », ce qu’elle n’avait jamais eu jusque-là dans son expérience de l’affaire au sein du système judiciaire, comme elle l’explique. Finalement, aucune action pénale n’a été menée à terme, principalement parce que sa fille bénéficie de la protection nécessaire et qu’engager une procédure judiciaire aurait signifié pour elle une victimisation secondaire, qui n’a été jugée ni nécessaire ni saine.

Ce passage par l’assistance juridique lui a cependant ouvert d’autres possibilités et l’a reliée à sa vocation d’avocate. Des années plus tard, Marjorie a décidé de suivre le diplôme juridique que proposait la Fondation, qui, selon ses mots, « m’a ouvert un monde de connaissance et de compréhension de la manière dont les choses arrivent, moi qui avais été victime, et un questionnement qui m’a amenée à comprendre qu’elles sont commises parce qu’il y a abus de pouvoir. On m’a amenée à me demander si ces choses arrivent parce que le pouvoir existe, et à cause de toutes ces inégalités du monde machiste et patriarcal, qui finit par blesser et soumettre toujours ceux qu’il juge les plus faibles, à savoir les enfants et adolescents, et les femmes ».

« Aujourd’hui, je me considère comme une personne différente, et la Fondation m’y a sans aucun doute aidée. Tout ce processus m’a permis de me rendre compte que les femmes, dans cette société, sont finalement totalement exposées ; nous sommes un groupe de personnes encore reléguées au rang de citoyennes de seconde classe. Il faut changer beaucoup de choses, et c’est pour cela que j’ai décidé d’obtenir mon diplôme d’avocate pendant ce processus, parce que tout cela a été un coup de pouce ».

« Dans les processus thérapeutiques de ma fille, on nous disait que cette expérience ne peut pas déterminer la vie de quelqu’un. C’est une étape de la vie qui relève de la responsabilité d’un autre, d’un autre être qui a fait beaucoup de mal, mais elle ne peut pas définir la vie des personnes. Alors je l’ai compris ainsi pour moi aussi. Je me suis dit : “Non, ça ne va pas déterminer ma vie de manière négative.” Et c’est ce qui s’est passé ».

« Je crois que tout a compté, que tout m’a mise sur le chemin et que les choses se sont faites. Je me sens chanceuse d’être passée par la Fondation, à chaque occasion où j’ai pu le faire, d’avoir rencontré des personnes extrêmement professionnelles, et qu’elles nous aient ouvert les portes, à moi et à ma fille, parce qu’elles m’ont donné des outils de toutes sortes, sur le plan professionnel, comme mère et comme femme ».

Un rêve fou

Par Valentina Correa, directrice des projets.

Les grandes avancées de l’histoire sont souvent portées par la folie de personnes qui ont osé rêver en grand. Sans doute aurait-il été plus confortable pour José, James et Juan Carlos de se remettre du traumatisme vécu et d’affronter la procédure judiciaire à l’abri, entourés de leurs familles et de leurs proches. Pourtant, portés par un « pour que plus jamais », ils ont misé sur un changement culturel qui rende l’abus inacceptable. José a quitté son monde familier — les bibliothèques, les promenades méditatives et la solitude — pour se plonger dans la création de la Fondation, conçue comme un espace pour penser, pour faire de la recherche et pour intervenir de manière adaptée et accueillante auprès des personnes qui ont été victimes.

José savait qu’il ne pouvait pas mener seul son initiative, et il a peu à peu constitué une équipe avec laquelle il a découvert les pratiques qui définissent notre empreinte. Ces lignes veulent rendre hommage à toutes les personnes qui ont rejoint ce rêve, en particulier celles qui, bénévolement, comme notre chère Andrea Ossa, lui ont donné vie. À tous les professionnels qui sont passés par la Fondation, nous disons merci, parce que nous savons qu’à un moment donné ils ont pris part à cette folie avec leur affection et leur engagement, mais surtout parce qu’ils ont compté dans l’histoire de nombreuses personnes qui sont venues timidement et ont trouvé auprès de vous de la compagnie et de la clarté.

L’équipe de Fundación para la Confianza fait face chaque jour à la douleur, à l’abandon, à l’injustice et au traumatisme, avec des histoires très semblables à celle que nous racontait Marjorie dans son témoignage. Beaucoup de nos journées commencent par l’appel d’une personne qui a passé des jours, des semaines et des mois à rassembler la force nécessaire pour demander de l’aide. À l’autre bout du fil, une personne répond avec douceur tout en lui apportant de l’assurance. Ce même appel se transforme souvent en un rendez-vous avec l’un des professionnels du pôle juridique ou psychologique de la Fondation. Ce premier appel ou contact — il peut y en avoir plus de cinquante par semaine — est le premier pas vers la création d’un lien entre une survivante ou un survivant et une équipe qui croit qu’avec un accueil chaleureux et une orientation claire on peut contribuer à renforcer la résilience intérieure des personnes qui ont vécu des abus et des maltraitances, en aidant l’espoir à réapparaître et un chemin de réparation à se dessiner.

Le premier accueil, la première séance avec l’équipe du pôle de prise en charge — des professionnels de la psychologie, du droit et du travail social —, est le point de départ d’un parcours de justice et de restauration intérieure pour beaucoup de survivantes et de survivants. Toutes les personnes qui cherchent une orientation à la Fondation ont des chemins et des rythmes de guérison différents, que l’équipe doit respecter avec empathie et responsabilité.

Ainsi, beaucoup de nos journées à la Fondation se terminent par de profonds remerciements pour avoir été là, pour avoir écouté et fait confiance. Il arrive même que nous recevions des lettres, des fleurs et des chocolats. Il y a pourtant des jours où nous sentons que nous aurions pu faire davantage, ou où nous souffrons d’être arrivés trop tard pour certaines personnes.

L’équipe qui travaille dans les salles de consultation — en présentiel comme à distance — est une équipe qui comprend qu’en travaillant avec le traumatisme on accompagne les récits les plus intimes des personnes. Pour prendre soin du parcours de chaque survivante et de chaque survivant qui nous a fait confiance, il faut aussi prendre soin de l’équipe. C’est un défi constant, qui est facilité quand l’engagement envers la mission de la Fondation est présent dans chaque pôle, chaque projet, chaque activité et chaque réunion : nous construisons un monde sans abus. Il faut néanmoins insister sur les pratiques internes de soin de soi, qui vont de demander sincèrement « comment vas-tu ? » à sa ou son collègue de travail, offrir à l’autre un espace d’accueil pour qu’il puisse élaborer l’angoisse après avoir reçu un récit poignant, jusqu’à favoriser des moments de détente et de rire pour rendre à l’âme le sens de la vie, après des journées de contact avec la blessure de l’autre. Mais travailler sur le traumatisme, ce n’est pas seulement de la douleur, c’est aussi un espace pour croire de nouveau que guérir est possible, pour prendre conscience que tous les êtres humains ne sont pas des personnes qui veulent t’agresser. C’est une expérience pour renouer le lien.

Après chaque prise en charge, il y a un temps de réflexion — individuel ou en groupe — pour décider ensemble de l’intervention la plus adaptée à chaque personne, selon son histoire. C’est là que le travail en réseau apparaît comme une autre marque de la Fondation ; ce n’est qu’en tissant un réseau de professionnels et d’institutions qui vibrent pour le même but et partagent les mêmes critères techniques que nous pourrons offrir une réponse adaptée à chaque survivante et à chaque survivant. Des dizaines de professionnels, dont beaucoup ont été formés dans nos diplômes, ouvrent les portes de leur cabinet pour poursuivre le chemin de justice et de guérison.

  1. Premier contactUn appel qui a pu prendre des jours, des semaines ou des mois. Il peut y en avoir plus de cinquante par semaine.
  2. Premier accueilUne séance avec des professionnels de la psychologie, du droit et du travail social.
  3. RéflexionUn temps individuel ou en groupe pour décider de l’intervention la plus adaptée à chaque personne.
  4. Travail en réseauDes dizaines de professionnels, dont beaucoup formés dans les diplômes, poursuivent le chemin de justice et de guérison.
Comment sont accueillies les personnes qui demandent de l’aide, selon l’équipe de la Fondation.

La constitution de l’équipe a porté une empreinte unique, parfois curieuse, sous la conduite de José, un philosophe plus attentif aux questions, aux préoccupations et aux rêves des personnes qui veulent travailler à la Fondation qu’aux articles universitaires ou aux classements. En 2017, notre actuelle directrice de la Prévention et de l’Éducation a posé une question pertinente à l’un de nos administrateurs, lors d’une activité de la Fondation sur la Plaza de Armas. À la fin de l’activité, José Andrés s’est approché d’elle et, en moins de dix minutes d’une conversation sur sa vie, ses rêves et sa formation, il a décidé de proposer à Verónica de rejoindre l’équipe dès la semaine suivante.

Pour ma part, je ne peux pas renier mon histoire : j’errais au Chili en attendant mon visa de retour pour l’Éthiopie, où je travaillais dans la sécurité alimentaire, et, pour ne pas perdre de temps pendant l’attente, je me suis tournée vers la Fondation parce que je connaissais son travail inlassable dans la lutte contre l’abus et, surtout, parce que le changement culturel qu’elle cherchait à atteindre me rendait curieuse. J’ai offert ce que j’avais sous la main : de l’expérience dans les réponses aux appels à financement et beaucoup d’envie. J’ai trouvé un espace collectif, où José porte un rêve qui n’est pas seulement le sien ni celui des fondateurs, mais celui de toute une société qui exige la bientraitance, en particulier envers l’enfance. La Fondation a fini par conquérir mon cœur et j’ai décidé de rester, parce que j’ai compris que sa mission est ambitieuse et fondamentale, et que pour l’accomplir il faut du temps, de la stratégie, de la persévérance et de la concentration.

Personnellement, travailler avec les initiateurs de ce changement culturel est un défi constant. Leurs rêves me motivent, me maintiennent attentive, ouverte en permanence à de nouvelles idées, et parfois me mettent en colère, tantôt à plus juste titre, tantôt moins ; mais je me rends souvent compte que cette colère surgit quand nous voulons rester dans notre confort et nous réfugier dans le connu. Alors elle passe vite, parce que je comprends, et nous comprenons, qu’à la Fondation nous sommes des ponts mobiles qui relient les rêves des autres aux nôtres, et que notre nature est d’être suffisamment mal à l’aise pour vouloir changer positivement l’abus qui nous entoure.

La méthode de la confiance

Par l’équipe de direction de Fundación para la Confianza

Le fruit de dix années de travail ne se mesure pas seulement aux personnes que — au fil du temps — la Fondation a pu aider de différentes manières ; il se reflète aussi dans un apprentissage considérable, qui a donné naissance à une manière de travailler construite à partir de ce que l’équipe professionnelle vit, partage et apprend au quotidien.

C’est pourquoi, dans ce chapitre, nous voulons présenter quatre manières de travailler que nous avons construites au fil du temps et dont nous sommes fiers de reconnaître aujourd’hui qu’elles ont pu servir à des centaines de personnes qui en avaient besoin.

Nous ne voulons pas que tout cet effort s’arrête là. Il reste beaucoup à faire grandir et à travailler dans la lutte contre l’abus, et c’est pourquoi nous vous invitons à prendre part à cette grande responsabilité. Pour cela, nous mettons ces connaissances à disposition, dans l’espoir qu’elles puissent aider à continuer de semer, et à faire germer la lutte contre l’abus en différents lieux du Chili et du monde.

GAMU

Les groupes d’entraide, ou GAMU, sont des dispositifs d’accompagnement en groupe, complémentaires de la thérapie, qui font partie depuis 2013 de l’offre du pôle Accompagnement intégral. Ils s’adressent aux personnes de plus de 18 ans qui ont en commun d’avoir été victimes directes ou indirectes d’abus sexuels dans l’enfance.

L’objectif des GAMU est d’offrir un espace protégé où les personnes qui ont été victimes peuvent échanger avec leurs pairs, afin de favoriser la possibilité de donner un nouveau sens à l’expérience d’abus sexuel. Il s’agit de reconnaître la complexité du phénomène, ainsi que les capacités et les ressources que les survivantes et survivants ont su élaborer et qui leur ont permis d’arriver jusqu’au moment présent. Cette stratégie thérapeutique favorise le passage d’un état passif à un état actif et de maîtrise de sa propre vie et de son environnement.

La méthodologie des GAMU consiste en un total de douze réunions de groupe, à raison d’une par semaine sur une période de quatre mois, au cours desquelles sont mises en œuvre des techniques plastiques, une ressource qui facilite l’expression émotionnelle. Il existe des groupes d’hommes, de femmes, des groupes mixtes et des groupes pour les adultes significatifs pour les victimes, chacun composé de sept à dix personnes. Les réunions se présentent comme des espaces de rencontre, de reconnaissance et d’entraide, qui placent au centre le langage et la réflexion critique sur l’expérience d’abus sexuel, ce qui permet de prendre une certaine distance pour l’observer, l’interpréter et s’y voir à la fois comme victime et comme survivante ou survivant. L’accent est mis sur les forces et les capacités des participantes et participants, en favorisant des conversations sur les compétences qu’ils peuvent mobiliser pour faire face à leur situation.

  • 12réunions de groupe, une par semaine
  • 4 moisdurée de chaque groupe
  • 7 à 10personnes par groupe : d’hommes, de femmes, mixtes ou d’adultes significatifs pour les victimes
  • 18 ansou plus, avec un suivi thérapeutique en cours
Comment fonctionnent les groupes d’entraide.

Dans cette perspective, les GAMU s’appuient sur une perspective épistémologique herméneutique, qui comprend le langage et rend possible la transformation, puisqu’elle permet non seulement de réunifier la réalité et de la comprendre, mais aussi de construire de nouvelles manières d’interpréter les situations, en leur donnant de nouvelles significations.

Le travail s’inscrit dans l’approche de la confiance lucide, qui ne se situe pas dans la relation entre deux personnes, mais dans le contexte qui rend cette relation possible ; c’est pourquoi les GAMU cherchent à reconstruire des liens à partir d’une nouvelle confiance fondée sur les principes de justice, de crise, de critique, de reconnaissance et de courage.

Une autre approche mobilisée dans les GAMU est l’éthique du soin, qui propose d’assumer la responsabilité affective, la sienne propre et celle qui se joue dans le réseau de relations que nous tissons avec d’autres personnes. Le soin est ainsi posé comme principe éthique, ce qui implique que les participantes et participants prennent soin et se laissent prendre en soin, en établissant dès le début leurs propres règles au sein du groupe et en contribuant à construire un espace de protection auquel ils peuvent recourir à tout moment, même une fois les séances terminées.

Les critères de participation sont d’avoir été victime directe ou indirecte d’abus sexuels dans l’enfance, d’avoir plus de 18 ans, d’être engagé dans un suivi thérapeutique (psychiatrique, psychologique ou autre) et que le ou la thérapeute qui assure la thérapie individuelle en soit informé.

L’équipe se compose d’une personne chargée de la coordination, qui dirige la sélection des participantes et participants, supervise le travail des groupes et promeut des activités de soin de soi, entre autres tâches. Chaque groupe est animé par deux ou trois facilitateurs ou facilitatrices, professionnels des sciences sociales ayant une expertise en abus sexuels sur enfants, en travail de groupe et en traumatisme complexe, qui favorisent l’interaction entre les personnes dans un espace de reconnaissance, de soin et de respect de l’autre.

Orientations psychologiques

Le pôle d’orientation et d’accompagnement est composé d’un groupe de professionnels de différentes disciplines qui mènent un travail multi- et interdisciplinaire. Ainsi, des professionnels de la psychologie, du droit et du travail social interviennent de manière coordonnée pour apporter une réponse rapide et spécifique à chacune des personnes qui demandent de l’aide à la Fondation.

L’approche fondée sur les droits humains, la bientraitance, la dignité des personnes et la disponibilité émotionnelle des professionnels encadrent le soutien apporté aux personnes qui s’adressent à la Fondation pour chercher de l’aide. Considérant que l’abus sous toutes ses formes est inacceptable, l’équipe offre un accueil, une reconnaissance, des pistes pour surmonter et réparer les expériences traumatiques vécues du fait de l’abus sexuel.

Les personnes qui s’adressent à la Fondation pour être orientées bénéficient d’une prise en charge spécialisée et gratuite ; elles sont reçues par des professionnels qui leur apportent une réponse ou des informations adaptées à leurs besoins, d’ordre juridique ou psychologique, avec la possibilité d’une prise en charge en binôme puis d’une analyse interdisciplinaire de chaque situation. En ce sens, les personnes que nous recevons peuvent accéder à un espace de soutien, de premier diagnostic et de construction d’alternatives possibles pour commencer à surmonter et à réparer leurs expériences.

De même, sur le plan juridique, dans des cas précis et lorsque cela correspond à nos protocoles, à notre capacité d’offre et aux organismes compétents du réseau, notre équipe juridique assure une représentation directe et gratuite des victimes et de leurs familles.

Le pôle d’orientation et d’accompagnement reçoit des personnes de plus de 18 ans qui ont vécu des expériences d’abus sexuel pendant leur enfance, ou bien des pères, des mères ou des adultes responsables ou significatifs qui ont besoin de ce dispositif de prise en charge et d’un soutien professionnel pour pouvoir prendre des décisions et engager différentes actions visant à rétablir et à améliorer leur santé mentale.

Dans un climat de soin et de respect, chaque personne reçue dispose d’un espace de confidentialité où il est possible de parler de manière protégée de ses préoccupations concernant les expériences d’abus, qu’elles aient déjà été révélées à d’autres personnes ou qu’elles soient racontées pour la première fois à nos professionnels.

Lors d’un rendez-vous pris de manière volontaire et personnelle, par téléphone, par courriel ou en personne, chaque personne, après avoir déterminé avec le ou la professionnelle ce qui lui semble adapté pour elle-même, et si cela est nécessaire, demandé ou convenu, bénéficie d’une orientation accompagnée vers les services des réseaux publics ou privés avec lesquels travaille notre Fondation.

Dans le processus de contact avec la Fondation, il revient à la personne qui fixe le rendez-vous d’orientation de recueillir des informations précises sur chaque personne, afin d’apporter la meilleure réponse au besoin que présente chaque situation, en prévenant et en évitant toujours la victimisation secondaire, dans un cadre de bientraitance.

L’équipe d’orientation et d’accompagnement a accordé une attention particulière à la constitution d’un réseau de professionnels spécialisés dans les questions qui concernent les personnes qui nous demandent de l’aide, en favorisant l’accès à des interventions responsables et de qualité, afin que les personnes puissent s’engager dans des démarches thérapeutiques et/ou juridiques liées à leurs besoins spécifiques.

Par ailleurs, des orientations accompagnées vers les réseaux publics spécialisés et gratuits sont réalisées avec la plus grande célérité, ce qui permet d’accéder à des équipes expertes dans différents territoires à l’échelle nationale.

Línea Libre

Línea Libre (ligne d’écoute de la Fondation pour les enfants et les jeunes) est un canal de soutien pour les enfants et les jeunes, qui offre une orientation et un premier accompagnement psychologique. Nous proposons une prise en charge à distance, grâce à laquelle tout enfant ou jeune du Chili peut contacter notre équipe de psychologues.

La prise en charge à distance repose sur trois canaux de communication, qui offrent un espace d’écoute confidentiel, gratuit et professionnel où les enfants et les jeunes sont écoutés et peuvent trouver des solutions aux problèmes d’ordre social, émotionnel ou psychologique qui affectent leur vie. Les canaux de contact sont le numéro 1515, qui permet des conversations téléphoniques, et l’application « Línea Libre », dans laquelle nous pouvons échanger par chat avec les personnes qui nous contactent, par le formulaire disponible sur notre site web www.linealibre.cl.

L’objectif principal de Línea Libre est de favoriser une orientation psychologique fidèle à la vision et à la mission de la Fundación para la Confianza, c’est-à-dire travailler pour les droits humains, en particulier ceux des enfants et adolescents. Dans cette approche, nous renforçons la capacité des personnes qui nous contactent à participer activement aux domaines les plus importants de leur vie.

Il est essentiel que chaque prise en charge de Línea Libre soit un espace d’intervention éthique, qui respecte les rythmes et les processus de chaque personne. L’esprit de Línea Libre est de parvenir à une validation de l’expérience personnelle de chaque personne qui nous contacte, en faisant place à la douleur et à la souffrance humaines pour tenter de les atténuer.

Le modèle d’intervention se présente comme un processus collaboratif dans lequel chaque psychologue devient un accompagnant et définit, avec la personne qui consulte, les objectifs de la prise en charge. Pour cela, une première évaluation est réalisée afin d’identifier et de construire ensemble le problème. Le travail est en outre orienté vers des objectifs, en particulier la résolution effective des conflits et/ou des difficultés, en cherchant à renforcer les capacités de chaque enfant ou jeune.

Établir une alliance avec les personnes qui consultent est crucial ; le lien devient donc une étape transversale à tout le processus d’intervention. Le travail est mené pour que chaque personne qui nous contacte se sente comprise, sache qui nous sommes et en quoi nous pouvons l’aider. Il est ainsi possible d’élaborer des interventions adaptées à chaque personne et à chaque situation, en évaluant les facteurs de protection et de risque selon la problématique de chaque cas.

En ce sens, il est indispensable de pouvoir compter sur le soutien d’une équipe socio-juridique qui accompagne les décisions lorsque les motifs de consultation représentent un facteur de risque grave. Ces cas sont des situations dans lesquelles l’intégrité physique et/ou psychologique d’une personne est en danger. Il est alors important d’activer les protocoles d’intervention, lorsque c’est nécessaire, afin d’apporter un accueil émotionnel adapté, de chercher des stratégies pour faire cesser la situation de risque et de nous positionner comme une institution garante des droits de l’enfance et de l’adolescence.

C’est pourquoi le modèle d’intervention se présente comme un processus qui s’adapte à la relation singulière que chaque professionnel établit dans chaque prise en charge, et qui cherche à avoir un impact positif sur les personnes qui consultent Línea Libre. Les statistiques internes de la ligne montrent une hausse continue des prises en charge depuis son ouverture, avec plus de 10 000 en 2020, et que les motifs de consultation liés à la santé mentale sont les plus fréquents parmi les contacts.

  • + 10 000 prises en charge de Línea Libre en 2020 ; les motifs de consultation liés à la santé mentale sont les plus fréquents.
  • 3 canaux le numéro 1515, l’application Línea Libre et le formulaire du site web.

Prévention et éducation

Prévention et Éducation est le pôle de la Fondation chargé de former, d’informer et d’éduquer toutes les personnes qui s’intéressent aux questions de protection de l’enfance et de l’adolescence et du soin qui leur est dû.

C’est un pôle dont la valeur principale est le respect et la reconnaissance de la dignité de toutes les personnes ; c’est pourquoi chaque programme et chaque projet qu’il mène s’adapte aux besoins de chaque communauté ou groupe humain. Le travail s’organise donc selon une logique de service où l’équipe professionnelle est disponible en permanence pour accompagner chaque personne, chaque équipe, chaque communauté, avec un engagement clair envers la réalité de chaque être et de chaque espace.

L’une des particularités du pôle est l’accompagnement et l’orientation dans les situations complexes. Compte tenu de l’expérience de la Fondation et de la formation professionnelle de l’équipe, toutes les actions de formation sont complétées par des espaces d’analyse technique de cas, qui favorisent un regard interdisciplinaire et systémique sur les situations de maltraitance et d’abus sexuels sur enfants.

Dans le pôle, nous croyons qu’un travail coordonné, professionnel, humain et fondé sur les droits humains est le chemin pour construire un monde sans abus.

Parmi ses actions, on peut citer :

  • Conférences gratuites de sensibilisation : destinées aux communautés aux ressources limitées qui ont besoin d’engager un processus de formation.

  • Conception spécialisée : création de cours et de projets de formation spécifiques, adaptés aux besoins sociaux, territoriaux et d’apprentissage de la communauté.

  • Diplômes : programme de formation spécialisée sur les questions d’enfance.

  • Alianzas para la Confianza (alliances pour la confiance) : programme spécifique d’accompagnement des établissements scolaires pour accueillir, soutenir et orienter (ACODE, Acoger, Contener y Derivar) à temps dans les situations de maltraitance et d’abus sexuels sur enfants.

Les Alianzas répondent en particulier à la nécessité non seulement d’accompagner les victimes, mais aussi de prévenir ; et la prévention n’est possible que par un travail coordonné entre des acteurs qui ont pour valeur et pour principe de travail premiers l’intérêt supérieur de l’enfant, ainsi qu’une compréhension commune du phénomène et, enfin, des pratiques établies et partagées.

Les abus sexuels sur enfants se produisent, dans une grande partie des cas, au sein des familles. C’est pourquoi les alliés naturels pour détecter et intervenir à temps et de manière protectrice sont les établissements scolaires, qui ont le mandat légal et éthique de respecter, de promouvoir et de défendre les droits des enfants et adolescents en tant que garants coresponsables.

En tant que fondation, nous accueillons celles et ceux qui ont besoin de soutien, et cela inclut les établissements scolaires. En règle générale, ces établissements contactent la Fondation pour être orientés sur des situations complexes ou des cas qui exigent une intervention spécialisée ; c’est à ce moment-là que leur est présenté le projet « Alianzas para la Confianza », et qu’ils sont invités à réfléchir à la possibilité d’y prendre part.

Les Alianzas reposent sur une logique de travail progressif et coordonné en quatre phases, chacune avec des objectifs spécifiques visant à renforcer le contexte protecteur de l’école. Ces étapes sont :

  • Diagnostic : une analyse de situation de tout le contexte de l’établissement, de ses infrastructures, de ses règlements, de ses protocoles et de toute la communauté dans son ensemble, quant au degré de connaissance, de sensibilisation et de compétence des différents acteurs pour prévenir les situations de maltraitance et d’abus sexuels sur enfants et y réagir à temps.

  • Formation : des activités de formation sont menées pour tout l’établissement, en veillant à ce que toute la communauté reçoive des informations qui sensibilisent et fassent prendre conscience de l’abus sexuel. Des connaissances et des outils favorisant des interventions éthiques et respectueuses sont également transmis.

  • Amélioration : des actions d’accompagnement et d’optimisation des espaces physiques, des règlements, des protocoles, des processus et des pratiques. Ce processus s’appuie sur un suivi et un conseil personnalisés pour l’établissement.

  • Validation : c’est l’étape finale du projet, où l’on revient sur toute l’expérience et où l’on établit formellement les processus que l’établissement mettra en œuvre pour garantir de manière permanente la formation de la communauté et la diffusion des protocoles. Enfin, l’établissement reçoit le « sceau pour la confiance », qui atteste qu’il remplit les conditions minimales pour être un contexte protecteur.

Les Alianzas sont bien plus qu’un projet de formation. Elles sont le cœur et l’élan de la construction d’une communauté pleine de tiers protecteurs, c’est-à-dire d’une communauté adulte qui s’engage envers l’enfance et le soin qui lui est dû, et qui se rend responsable du soin de tous les enfants et adolescents.

Ce programme, inclusif aussi sur le plan territorial, est allé d’Arica à Punta Arenas, et l’équipe des Alianzas de la Fondation a même soutenu des personnes d’autres pays. À ce jour, l’équipe qui le met en œuvre se compose de quatre professionnels de différentes disciplines, travaillant toujours dans le paradigme de la confiance lucide et de l’approche fondée sur les droits.

Faire confiance, c’est rêver de dix ans de plus

Par José Andrés Murillo, directeur exécutif de Fundación para la Confianza

Fin 2010, quand Fundación para la Confianza commençait à prendre forme, il était impossible d’imaginer ce qu’elle deviendrait dix ans plus tard. Nous rêvions d’un monde sans abus, et ce rêve est toujours vivant. L’abus est encore si banalisé, en tant de lieux et pour tant de personnes, que le premier combat est celui contre l’aveuglement. Non seulement nous ne voyons pas, mais nous ne voyons pas que nous ne voyons pas. Ce double aveuglement inscrit dans le paradigme de notre culture et de ses institutions a été l’ennemi. Mais comment combat-on l’aveuglement ?

Il ne sert à rien d’accuser d’aveuglement celles et ceux qui ne voient pas, pas même celles et ceux qui ne veulent pas voir ou ne savent pas qu’ils ne voient pas. Si l’on peut filer la métaphore, ce que nous avons fait, c’est allumer une lumière pour montrer l’aveuglement, y compris le nôtre sur bien des points. En nommant et en montrant, la voix et la lumière ont commencé à transformer la réalité. Avant 2010, le mot même d’abus s’employait rarement.

Aujourd’hui, les rues sont couvertes de ce « no más abusos » (plus d’abus) émouvant, qui traduit le sentiment de générations de victimes réduites au silence. Réduites au silence, pas silencieuses. Réduites au silence par d’autres personnes, par la douleur, le traumatisme, la tradition, la peur, la honte. Aujourd’hui, le défi sera de transformer l’indignation en action, en action de justice et de reconstruction de la confiance sociale. Car dans la méfiance totale, une société se dilue, se fragmente, perd la raison. La confiance lucide que nous défendons doit servir à créer les conditions d’un tissu social différent, fondé sur la justice et l’engagement pour les droits humains. C’est vers cela que nous tendons en tant que Fondation.

Où en sera Fundación para la Confianza dans dix ans ? Il est probable que bien des combats seront encore d’actualité, et que nous serons mieux préparés pour les mener. Il est probable que des blessures personnelles seront en train de guérir, et que cela nous donnera plus de force pour accompagner d’autres personnes à se reconstruire, à intégrer leur biographie et à aimer de nouveau la vie. Nous voulons devenir un centre de prise en charge spécialisée et intégrale des violences sexuelles. Accompagner des processus thérapeutiques intégrés à des groupes d’entraide et à une représentation juridique : c’est un rêve que nous parviendrons peut-être à réaliser peu à peu.

Cette année, les rues de notre ville saignent de ce « no más abusos ». Nous voulons qu’un jour elles disent, en plus d’obtenir justice, « nous voulons guérir les blessures ». Notre pays a été complice de l’abus en réduisant les victimes au silence et en leur refusant une prise en charge thérapeutique intégrale et spécialisée. Nous voulons faire partie de la solution. Prévenir, comme nous le faisons dans les communautés éducatives. Détecter, comme nous le faisons par la formation spécialisée de nos diplômes et de nos conférences. Intervenir à temps et de manière adaptée, comme nous le faisons dans les représentations juridiques que nous parvenons à assurer et dans lesquelles nous accompagnons les victimes de manière intégrale.

  1. PrévenirDans les communautés éducatives
  2. DétecterPar la formation spécialisée des diplômes et des conférences
  3. IntervenirÀ temps et de manière adaptée, avec une représentation juridique et un accompagnement intégral
Comment la Fondation veut faire partie de la solution.

Ces dernières années, nous avons réussi à étendre les réseaux de prise en charge en santé mentale de Fundación para la Confianza grâce à un dispositif à distance, jusque dans chaque recoin de notre pays. Depuis 2019, tout enfant ou adolescent dispose d’une orientation psychologique de crise, gratuite, immédiate et spécialisée grâce au projet Línea Libre (ligne d’écoute de la Fondation pour les enfants et les jeunes) de notre Fondation. Notre engagement est de renforcer ce canal de prise en charge ; nous continuerons d’être là, en particulier pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder à des soins de santé mentale en présentiel.

Voilà le défi. Que l’on trouve à Fundación para la Confianza un espace de guérison, d’accompagnement spécialisé, d’école, de formation. Un espace qui régénère la confiance blessée, qui régénère les blessures. Nous espérons qu’en 2030 nous parlerons des nouvelles manières de guérir, et pas seulement des nouvelles manières de dénoncer. Le temps, notre travail et notre engagement le diront.

Nous espérons qu’en 2030 nous parlerons des nouvelles manières de guérir, et pas seulement des nouvelles manières de dénoncer.

Le chemin a été un défi constant. En tant qu’équipe et que conseil d’administration, nous sommes fiers de l’avoir parcouru. Nous regardons en arrière aujourd’hui et nous nous rendons compte que nous l’avons ouvert peu à peu : il n’existait pas. Nous regardons maintenant vers l’avenir et nous savons que nous devrons continuer à ouvrir le chemin. Engagement, innovation, passion et aussi joie dans le travail quotidien. Accompagner celles et ceux qui ont souffert est souvent une source de tristesse pour nous qui sommes là. Mais la mélodie de fond est faite de sérénité et de sens. Nous avons fait l’expérience du sens que prend une vie quand on la partage dans l’empathie. Et cette quête de sens, j’en suis sûr, continuera de créer et d’ouvrir le chemin dans les années à venir.

À propos de cette édition. Version web du livre 10 ans pour un monde sans abus (10 años por un mundo sin abuso), publié en PDF par la Fundación para la Confianza en 2021 (première édition imprimée à 500 exemplaires, Ograma Impresores ; ISBN 978-956-402-822-4). Directeur : José Andrés Murillo. Coordination générale : Nicole Del Río. Recherche et rédaction : Benjamín Gálvez. Direction artistique et conception graphique : Cristhian Sotomayor. Illustrations : Jesu Villa et Cristhian Sotomayor. Édition : Natalie Sève. Dans cette version, les coquilles ont été corrigées et des graphiques résumant le contenu ont été ajoutés ; les illustrations des personnes qui témoignent ne sont pas reproduites. Les chiffres, les fonctions et les références juridiques sont ceux de la date du livre. Le PDF original est en espagnol. Télécharger le PDF original (en espagnol)

Traduction de la Fundación Para la Confianza. En cas de différence, la version espagnole prévaut. Version espagnole.