Chapitre 1 · 10 ans pour un monde sans abus
Une confiance différente
Chapitre 1. José Andrés Murillo explique la confiance lucide face à la confiance aveugle et à la méfiance totale ; le conseil d’administration dit pourquoi combattre l’abus, et une chronologie parcourt les étapes marquantes de 2010 à 2020.
Sommaire du livre
« Une confiance différente »
Par José Andrés Murillo, directeur exécutif de la Fundación para la Confianza.
2010 a été une année complexe. Quelque chose s’est rompu et quelque chose s’est libéré. Les faits qui ont marqué cette rupture et cette libération, et qui ont produit des changements irréversibles, ont commencé, de manière symbolique, avec le tremblement de terre du 27 février. Ce fut l’un des séismes les plus intenses enregistrés dans l’histoire de l’humanité. Le Chili est un pays sismique, alors nous en savons quelque chose. Comme les explosions sociales, politiques et relationnelles, les tremblements de terre ne surgissent pas de rien : ils sont la manifestation d’un conflit souterrain qui accumule une énergie conflictuelle jusqu’à ce qu’il ne puisse plus tenir et éclate. Un conflit de plaques tectoniques qui luttent, l’une pour bouger et l’autre pour l’arrêter, qui peut durer des années en accumulant de l’énergie, jusqu’à ce qu’il s’exprime violemment en un tremblement de terre, qui peut être très destructeur.
En février de cette année-là eut lieu le tremblement de terre. Et en avril éclata publiquement l’affaire Karadima. Ce fut comme un petit trou dans un barrage millénaire. Ce n’était pas seulement un scandale d’abus sexuels commis par le clergé, mais le symbole d’une époque nouvelle, où il devenait possible de remettre en question ce que, jusqu’à très peu de temps auparavant, il fallait seulement accepter aveuglément et en silence. L’affaire, que nous avions nous-mêmes dénoncée, a fait pendant des années la une de l’actualité. Son exposition a mis en évidence la rencontre conflictuelle de deux époques : l’une qui oblige à accepter en silence les abus de pouvoir, parce que le pouvoir donne sécurité et ordre, et une autre époque qui ose remettre en question à partir de l’incertitude et de la liberté.
Dix ans plus tard, les cas d’abus commis par le clergé qui ont été dénoncés se comptent par milliers. Des réseaux et des associations de victimes, locaux et mondiaux, luttent jour après jour pour le droit à la justice et à la réparation. Et aussi pour la prévention. Le Vatican lui-même s’est associé, à certaines occasions, à ces dénonciations.
Il y a une décennie, ce n’est pas seulement dans l’Église que l’on commença à découvrir que des abus avaient lieu. L’abus sexuel, et aussi l’abus de pouvoir, la corruption, le trafic d’influence, la maltraitance occupaient presque tous les recoins de la société. L’abus normalisé commençait à sonner faux, à faire du bruit, à déranger. Cette même année 2010 commencèrent au Chili les mobilisations pour l’environnement, contre des mégaprojets d’investissement destinés à produire de l’électricité, qui allaient détruire différents écosystèmes et accéléraient le changement climatique.
Une fois de plus, il s’agissait de deux cultures qui s’affrontaient : l’une qui cherchait à exploiter l’environnement à n’importe quel prix et l’autre qui prenait conscience des dangers de cette exploitation. Peu de temps après, d’autres affaires de corruption sont apparues au grand jour au Chili. Des ententes entre de grandes entreprises et des pharmacies, au détriment des consommateurs, du marché et de la confiance elle-même. Le financement illégal des responsables politiques était une autre forme de collusion du pouvoir, de corruption, de trahison des citoyens et de destruction de la confiance.
Les indices de confiance sociale et institutionnelle au Chili sont aujourd’hui dramatiquement bas, et ils ne traduisent pas une faible capacité à faire confiance, mais une faible fiabilité des institutions. En ce sens, ce que l’on appelle la crise de confiance au Chili ne touche pas la capacité à faire confiance, mais celle d’être digne de confiance. Ce serait donc une erreur de parler de crise de confiance dans notre pays. Une confiance capable de se méfier d’institutions peu fiables n’est pas en crise : elle est saine. J’y reviendrai.
Comme l’une des personnes qui ont dénoncé les abus dans l’Église, j’ai pris part à l’effondrement de la confiance en elle. Il est juste de se méfier des institutions quand elles sont peu fiables, mais il est facile aussi de se lancer dans une escalade de méfiances sans fin jusqu’à la fragmentation sociale totale. Le défi que je ressentais, y compris sur le plan philosophique, ne venait pas de ce que les gens se méfiaient, mais de la recherche d’une confiance différente. Je l’ai appelée, dans un petit livre que j’ai publié en 2012, confiance lucide (Uqbar, 2012).
Vers la confiance lucide
La confiance est une énergie fondamentale qui permet l’existence de toute organisation sociale, des plus petites et élémentaires, comme une famille, un couple, une amitié, une équipe de travail, une association de quartier, jusqu’à un pays et un groupe de pays. Sans confiance, disait le philosophe Georg Simmel, une société se désintègre.
La définir est une tâche difficile, mais nous savons que la confiance est un tissu symbolique fragile et indispensable qui rend possibles les relations humaines. Nous avons besoin de relations humaines pour nous sentir en sécurité, mais ces mêmes relations sont fragiles, dangereuses et provoquent de l’insécurité. C’est là qu’entre en jeu la confiance, qui peut être une confiance aveugle, pur aveuglement pour supprimer cette fragilité et vouloir se sentir en sécurité, ou une méfiance totale. Mais est-il possible de dépasser ce dilemme apparent ?
La confiance ne se réduit pas à un acte rationnel, celui de faire confiance ou non, mais à la construction d’un espace éthique, social et affectif qui rend possible l’épanouissement humain en communauté.
Dans cette perspective éthique, la confiance n’est donc pas tant une affaire de relations de confiance que de construction d’un climat, d’un contexte fiable à partir de conditions de fiabilité. Nous dirons plutôt : de conditions de lucidité.
La confiance lucide comme éthique critique
D’un point de vue éthique, la confiance est lucide lorsqu’elle permet l’épanouissement sain des relations humaines. La lucidité est le dépassement de la naïveté dans les relations, cette naïveté qui se laisse piéger dans le dilemme binaire de la confiance aveugle ou de la méfiance totale. En effet, le contraire de la confiance, en termes de confiance lucide, n’est pas seulement la méfiance, mais aussi la confiance aveugle. La confiance lucide implique une décision critique de mettre en question la fiabilité du contexte et des relations dans ce contexte. Même s’il s’agit en général d’une activité préréflexive, il est fondamental d’entreprendre une exploration des éléments d’évaluation qui permettent de déterminer s’il convient ou non de faire confiance. C’est-à-dire s’il convient d’exposer sa propre vulnérabilité dans un contexte déterminé, ou non, ou de se méfier.
La confiance se tient toujours dans la tension de l’être-avec humain. C’est la seule manière possible d’affronter le dilemme et le conflit de la coexistence humaine : le dilemme de ne pas pouvoir être sans les autres, de ne pouvoir exister qu’à travers les autres, et de pouvoir être blessés par ceux-là mêmes grâce à qui nous existons de manière humaine. Nous dépendons du lien, et c’est ce même lien qui peut nous détruire lorsqu’il est abusif1.
Parmi les modèles de confiance qui peuvent être présents dans les contextes humains, certains sont plus sains, c’est-à-dire qu’ils permettent le développement et l’intégration des personnes dans ce lien partagé, et d’autres le rendent difficile ou le détruisent. Ce sont des manifestations pathologiques de la confiance, c’est-à-dire de cet équilibre conflictuel entre se protéger des autres et se lier à eux, dépendre d’eux. J’ai appelé ces manifestations pathologiques la confiance aveugle, ou narcissique, et la méfiance totale, ou paranoïaque.
Confiance aveugle
Narcissisme social. Elle normalise les relations de pouvoir sans les mettre en question ; elle est doublement aveugle, car elle ne voit pas qu’elle ne voit pas.
Confiance lucide
Elle cherche un contexte où la confiance a un sens et où les conflits sociaux sont possibles et constructifs.
Méfiance totale
Paranoïa. Le soupçon est la norme et tout entre dans une brume de menace.
Confiance aveugle ou narcissisme social
La confiance aveugle représente un climat humain dans lequel une personne et un groupe de personnes se positionnent en normalisant les relations de pouvoir sans les mettre en question, de sorte qu’il ne reste que l’acceptation aveugle des structures, de leur configuration et de la répartition du pouvoir.
Dans un contexte de confiance aveugle, les structures asymétriques de pouvoir symbolique paraissent naturelles, surtout lorsqu’elles sont plutôt abusives, comme dans le cas du machisme, du racisme, de l’adultocentrisme, du classisme, etc., où l’on identifie celles et ceux qui doivent accepter, obéir ou être méprisés, afin d’assurer un ordre établi qui organise le social.
La confiance aveugle s’accompagne d’une méfiance, aveugle elle aussi, envers celles et ceux qui soulèvent une forme quelconque de remise en question. On préfère opter pour une sécurité sociale qui répartisse les rôles de pouvoir et d’obéissance de manière claire, par la tradition et par la force. La recherche d’un sens communautaire est remplacée par la stabilité, la tradition, la sécurité, le système à partir duquel se répartissent les rôles et les dynamiques de pouvoir. C’est pour ces raisons que l’on fait aveuglément confiance.
La confiance aveugle est doublement aveugle, car elle ne voit pas qu’elle ne voit pas. Elle considère que sa construction des structures et de la répartition du pouvoir est la vraie, la naturelle, et qu’il n’est pas nécessaire de la mettre en question. La remise en question est vue comme une menace plutôt que comme une possibilité d’amélioration, ou de voir ce que l’on ne voyait pas auparavant. La confiance aveugle se construit et s’abrite dans le désir de sécurité que donne le statu quo.
Dans une culture de confiance aveugle, il est plus menaçant de parler d’abus que de commettre un abus ou d’en être victime. L’abus est vécu dans le déni et, tout au plus, considéré comme un prix à payer pour la stabilité et une apparente sécurité.
Quand ont commencé les dénonciations d’abus sexuels dans l’Église, nous avons vu une défense corporatiste de la part de nombreuses personnes et de nombreux secteurs. Les secteurs les plus conservateurs, précisément parce qu’ils avaient besoin de « conserver » et de s’accrocher à des structures qui leur donnaient jusque-là de la sécurité. On nous a attaqués comme ennemis de l’Église, gauchistes, politiciens, et par d’autres moyens visant à nous discréditer. J’y voyais une réaction corporatiste typique de la confiance aveugle. Certaines personnes nous disaient que nous devions pardonner au lieu de tant remettre en question. Mais nous voulions mettre en question la structure, parce que c’était la structure aveugle, doublement aveugle, qui rendait possibles les abus, les normalisait et menait aussi à la dissimulation, comme réaction naturelle.
Méfiance totale
D’un autre côté, il y avait des réactions très violentes contre toute structure, considérée comme abusive du seul fait d’être une structure. Ces réponses surgissaient contre toute religion, toute autorité, toute famille, tout pouvoir. J’ai ainsi identifié un autre type de réactions, qui rendaient compte d’un autre type de contexte culturel, celui de la méfiance généralisée, de la méfiance totale, aussi aveugle que la confiance aveugle. Une réaction pathologique elle aussi, mais à partir de la paranoïa et non du narcissisme.
Dans le climat de méfiance généralisée, le soupçon est la norme. Un soupçon généralisé envers toutes les personnes, toutes les positions et toutes les structures. La méfiance généralisée, lorsqu’elle se stabilise, finit alors par devenir un lieu sûr d’où regarder et juger le monde.
C’est la sécurité de la fermeture, la relation cynique et négative au monde, qui le considère comme indigne de confiance.
La paranoïa empêche de créer les relations de confiance nécessaires pour établir un système de soutien. Ce que cherche la méfiance généralisée, ce n’est pas de rétablir la confiance, ni de créer une plateforme ou une organisation qui protège, mais une persécution sans fin. Le désir de vengeance et de persécution sans fin remplace le besoin de justice ou d’établissement d’un terrain commun. Cette méfiance rend impossible de bien distinguer ce qui est vraiment menaçant et ce qui ne l’est pas. Tout entre dans une brume de menace, dans l’obscurité persécutrice qui ne finit jamais.
La confiance lucide
Faire confiance implique un risque, mais ne pas faire confiance est un échec. La confiance lucide n’est pas seulement une confiance conditionnée, mais la recherche d’un contexte dans lequel la confiance a un sens, où les relations et les conflits sociaux sont possibles, constructifs. C’est la recherche et la création d’espaces de santé sociale qui, comme les définitions contemporaines de la santé médicale, ne renvoient pas à l’absence de maladie, mais à la promotion d’un bien-être intégral.
Faire confiance implique un risque, mais ne pas faire confiance est un échec.
Les principales dimensions dans lesquelles un climat ou un contexte montre s’il relève de la confiance aveugle, de la méfiance totale ou de la confiance lucide sont la justice, la reconnaissance mutuelle, la communication, la pensée critique et la gestion du pouvoir, ou leadership. La justice, en tant qu’accords normatifs fondamentaux pour construire un espace qui soit commun, avec des limites claires et des droits respectés. Dans un contexte de confiance aveugle, la justice est remplacée par la normalisation de l’injustice, et dans une méfiance totale, elle est remplacée par la vengeance.
La reconnaissance mutuelle est aussi une condition de la confiance lucide. Reconnaître, c’est comprendre et valider, rendre visible l’apport que représente chaque personne dans le contexte. Dans un climat de confiance aveugle, cette reconnaissance est remplacée par son contraire, par l’invisibilité, le caractère remplaçable de chaque personne. Personne ne compte vraiment, seule compte la structure et sa sécurité. Dans un contexte de méfiance totale, la reconnaissance est remplacée par le mépris actif.
La communication est une dimension de la confiance lucide qui manifeste ce qu’il y a de commun dans l’espace partagé. Il y a une volonté réelle de partager ce monde, les idées, la parole, de manière raisonnable et ouverte. Dans un contexte de confiance aveugle, la communication se manifeste de manière évasive. On préfère ne pas parler de certaines choses qui dérangent, qui remettent en question. C’est pourquoi il vaut mieux parler par clichés ou lieux communs, sans dire les choses en face. Dans un contexte de confiance totale, la communication est pure agressivité, sans visée de construction. Mépris et agression.
La pensée critique est essentielle à une confiance lucide, car elle permet de gérer la fragilité de manière raisonnable. Si un contexte peut être mis en question, il devient plus fiable, et non moins. À l’inverse, dans un contexte de confiance aveugle, la pensée est plutôt dogmatique : c’est une sorte de pensée magique que l’on ne peut pas mettre en question. Dans un milieu de méfiance totale, la pensée est aussi dogmatique, à partir de l’absence de structure : c’est une pensée persécutrice et paranoïaque.
Enfin, le leadership, la gestion du pouvoir et l’autorité sont une dimension fondamentale pour établir un contexte de confiance lucide. Celle-ci exige un leadership ouvert, qui renforce les personnes qui se trouvent dans ce contexte à partir de leur propre réalité et dans le sens du contexte. La confiance aveugle et la méfiance totale peuvent être abusives, totalitaires, autoritaires ou chaotiques. Elles ne parviennent pas à produire un leadership doté d’un but, et détruisent donc leur capacité de lucidité.
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Justice
- Lucide
- Accords normatifs pour un espace commun, avec des limites claires et des droits respectés
- Aveugle
- Normalisation de l’injustice
- Méfiance totale
- Vengeance
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Reconnaissance mutuelle
- Lucide
- Comprendre et valider ; rendre visible l’apport de chaque personne
- Aveugle
- Invisibilité : chaque personne est remplaçable
- Méfiance totale
- Mépris actif
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Communication
- Lucide
- Volonté réelle de partager le monde, les idées et la parole
- Aveugle
- Évasive : clichés et lieux communs
- Méfiance totale
- Agressivité sans visée de construction
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Pensée critique
- Lucide
- Gère la fragilité de manière raisonnable
- Aveugle
- Dogmatique : pensée magique qu’on ne peut mettre en question
- Méfiance totale
- Dogmatique : persécutrice et paranoïaque
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Leadership
- Lucide
- Ouvert, il renforce les personnes qui se trouvent dans ce contexte
- Aveugle et méfiance totale
- Peuvent être abusives, totalitaires, autoritaires ou chaotiques
Ce sont ces espaces que nous avons décidé, en tant que Fundación para la Confianza, de promouvoir, d’évaluer, de construire et de reconstruire. Des espaces de confiance lucide qui permettent le développement intégral des personnes, en particulier des enfants et adolescents, dont les droits doivent être protégés pour que puisse se déployer la confiance qu’ils méritent. Leur droit est notre obligation éthique.
1 L’identité humaine, selon les analyses de psychanalyse de l’enfant menées par Donald Winnicott, qui se trouvent aussi à la base de la théorie de la reconnaissance d’Honneth, se construit à partir de l’interaction avec une autre personne affectivement significative, dans ce qu’il appelle le soin. Dans cette interaction, dans la rencontre avec les autres, la confiance joue un rôle fondamental. Voir en particulier Winnicott, « La integración del yo en el desarrollo del niño », 1962, publié dans Los procesos de maduración y el ambiente facilitador, Paidós, 1993. Et Axel Honneth, La lucha por el reconocimiento, éd. Crítica, 1997.
Pourquoi combattre l’abus ?
Par le conseil d’administration de la Fundación para la Confianza.
« La douleur est inséparable de l’expérience vitale de chaque personne ; elle fait partie de notre condition humaine et de notre croissance. Il y a cependant des douleurs qui n’ont pas de justification, qui sont absurdement banales et profondément destructrices. Parmi elles, la plus intolérable est peut-être la douleur que subissent les personnes victimes d’autres personnes plus puissantes, et tout particulièrement les enfants, filles et garçons. J’ai été un témoin très proche de cette expérience injustifiable. C’est ce qui m’a poussé à chercher comment collaborer avec des personnes engagées dans le soutien aux victimes d’abus, et à obtenir de vrais progrès pour que cette situation cesse d’exister, où qu’elle se produise. »
Octavio Vergara
« Il peut y avoir deux réponses, la facile et la difficile.
Parce que j’ai des enfants. Et je ne veux pas qu’il leur arrive quoi que ce soit de mal. La facile.
Mais il y a quelque chose de plus intime en soi. Une peur d’affronter la réalité que nous n’avons pas voulu voir. Un devoir de l’être humain. Un réveil. Une brique sur la tête qui secoue tout et bouleverse. Parce que bouleverser, c’est troubler, remuer fortement quelqu’un. Et des personnes comme moi, qui avons construit notre feuille de route sur l’enrichissement des riches et la perception d’un salaire, cela ne nous comble pas, cela ne nous rend pas heureux.
Il existe une infinité de manières d’abuser. On abuse de la confiance, de la vérité, du mensonge, de qui l’on aime et de qui l’on hait. Mais des enfants, on n’abuse pas. Et en tant que Fondation, nous mourrons, s’il le faut, dans la lutte contre l’abus. »
Sebastián Arteaga
« Comment ne pas le combattre ? Comment rester indifférent face à l’horreur que vivent tant de personnes qui subissent des abus ? Comment vivre en paix en regardant ailleurs, en sentant que c’est un problème qui ne nous concerne pas et ne nous engage pas ? Comment ne pas nous sentir interpellés à faire quelque chose, ne serait-ce que ce qui est à notre portée ? Toute personne survivante d’abus est animée par le désir que personne d’autre ne vive ce qu’il ou elle a subi. À la Fundación para la Confianza, nous avons choisi de nous joindre à sa lutte. Pour que les abus ne se répètent plus jamais ; pour que toutes et tous, nous soyons respectés dans notre dignité. »
Josefina Martínez
« Toute personne a le droit d’être respectée, valorisée, prise en soin par ses proches, par les institutions auxquelles elle participe au cours de sa vie et par toute la société qui l’accueille.
Abîmer cette vie par un abus est l’une des choses les plus graves qui puissent arriver, parce que cela détruit la base de confiance de la personne : la confiance en son entourage, dans les relations avec les autres, jusqu’à la confiance en elle-même.
La Fundación para la Confianza cherche à prévenir tout abus, à faire prendre conscience de l’importance de la prévention, à restaurer ce qui a été abîmé et surtout à rendre la confiance aux personnes dont les droits ont été atteints. »
María Luisa Andueza
« Parce que c’est un fléau qui tue. L’abus, sous toutes ses formes, porte atteinte à notre valeur la plus intime : notre propre individualité ; il détruit nos confiances, nos forces, et nous empêche de vivre en paix. Comme une peste invisible, nous cohabitons chaque jour avec l’abus et nous le supportons presque inconsciemment. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Combattre l’abus aujourd’hui est le défi qui nous revient : nous réveiller et agir pour protéger nos limites et prendre soin des autres. Aujourd’hui, nous combattons l’abus parce que nous connaissons le niveau de dommage qu’il produit, parce que nous croyons en une vie meilleure sans lui, et parce que nous avons la conviction qu’en agissant ensemble nous pouvons être une caisse de résonance qui éveille d’autres volontés. Nous dénonçons l’abus, nous promouvons le soin et nous protégeons les enfants pour leur laisser un monde meilleur. »
Antonia Pellegrini
« Je crois qu’il est fondamental, dans une société, d’ouvrir ces sujets, de parler de ces sujets, parce que cela arrive, cela arrive toujours et continue d’arriver, cela arrive aujourd’hui et va continuer d’arriver demain. La mission forte qu’a menée la Fundación para la Confianza consiste à rendre visible un problème que nous avons dans notre société, à faire en sorte que les cas d’abus soient dénoncés et que justice soit faite pour freiner peu à peu ce fléau, terriblement douloureux, complexe et très dur. Je crois donc que c’est la grande perspective que s’est donnée la Fondation pendant toutes ces années consacrées à cette cause.
Grâce au travail qu’a fait la Fondation, il a été possible que ce sujet soit mis en mots au sein des familles, chez des personnes qui étaient restées hermétiques pendant des années face aux abus qu’elles avaient subis.
Je crois que cette mission donne sa valeur à ce que signifie parler de ces sujets et rechercher la justice dans les cas d’abus. »
Katherine Salosny
« Je crois qu’il faut combattre l’abus parce qu’il cause un dommage terrible et transforme des vies normales en enfers. Ce qui est bien dans ce que nous faisons à la Fondation, c’est que nous combattons l’abus avec espoir, en parvenant, comme une boîte de Pandore, à comprendre que l’on peut s’en sortir et se rétablir. Je crois que l’abus est comme un équivalent de la torture, s’il n’est pas plus grave. C’est une très grave violation des droits humains, en raison du dommage dévastateur qu’il cause. »
Juan Pablo Hermosilla
« Moi, à partir de ma propre expérience, combattre l’abus me faisait terriblement peur, mais en voyant la libération que cela produit dans l’âme et la vie des personnes, et ayant été l’un des premiers à le rendre public, je sens que je le referais mille fois si je peux aider les personnes à sortir de l’angoisse que j’ai vécue. »
Juan Carlos Cruz
« Parce que sinon la vie perd son sens. La vie sans liberté, sans la capacité d’émerveillement que donne la liberté, n’a pas de sens. »
James Hamilton
Dix ans de confiance
Une chronologie des étapes qui ont marqué notre histoire.
- 2010
- Mai Naît l’idée d’aider d’autres personnes qui ont été victimes d’abus sexuels dans l’enfance, et la mission de la Fundación para la Confianza commence à prendre forme.
- Décembre Para la Confianza est constituée en fondation. Ouverture d’un premier bureau, propriété de l’Instituto Catequístico, à Providencia. La Fondation commence à orienter les premières victimes.
- 2011
- Décembre Premier Grupo de Ayuda Mutua (groupe d’entraide) pour les personnes victimes d’abus sexuels dans l’enfance.
- 2012
- Avril Première formation diplômante (Diplomado) destinée aux professionnels qui travaillent avec des victimes d’abus sexuels sur enfants (d’avril à août, 101 heures au total).
- Août La Fundación para la Confianza et d’autres organisations créent le « Bloque por la Infancia » (bloc pour l’enfance), pour travailler ensemble pour les droits des enfants et adolescents.
- Septembre La Fondation mène avec l’UNICEF la campagne « Si tocan un niño, a mí me toca » (si l’on touche un enfant, cela me touche).
- 2013
- Mars Le bureau s’installe dans le centre de Santiago, avenue Libertador Bernardo O’Higgins, en face du ministère de l’Éducation.
- 2014
- Janvier Premier Congrès chilien sur la maltraitance et les abus sexuels sur enfants.
- Décembre La Fondation entre au Conseil de la société civile du Servicio Nacional de Menores (SENAME, service public chilien de protection de l’enfance).
- 2015
- Février Le bureau déménage à Las Condes, commune de Santiago, et la Fondation participe au Conseil consultatif présidentiel contre les conflits d’intérêts, le trafic d’influence et la corruption (commission Engel).
- 2016
- Mars Premier pilote des « Alianzas para la Confianza » (alliances pour la confiance), projet qui vise à construire avec les communautés éducatives leurs protocoles de prévention et d’action en cas d’abus.
- Décembre La Fondation remporte le projet d’actualisation de la politique de bientraitance de la Junta Nacional de Jardines Infantiles (JUNJI, organisme public chilien des crèches et écoles maternelles), selon l’approche de la confiance lucide.
- 2017
- Mars Lancement de la campagne « Yo confío » (je fais confiance) pour sensibiliser aux abus sexuels sur enfants et les prévenir.
- Avril Le bureau s’installe à Providencia, dans un espace consacré exclusivement à la Fondation.
- 2018
- Janvier Le pape François visite le Chili et la Fondation organise un séminaire international sur les abus en contexte ecclésiastique.
- Janvier Création, avec d’autres personnes et organisations, d’ECA Ending Clergy Abuse, organisation mondiale de militantes et militants des droits humains engagés pour l’enfance et pour les victimes d’abus dans l’Église, en particulier les enfants.
- Mai Lancement du projet « Observatorio para la Confianza » (observatoire de la Fondation), qui a pour objectif de faire de la recherche et d’agir sur les politiques publiques relatives à l’enfance, en particulier aux enfants et adolescents placés sous la protection de l’État.
- Septembre En partenariat avec la Fundación Cultural de Providencia, la Fondation présente l’exposition « Luces del Silencio » (lumières du silence).
- Novembre Avec la Comunidad de Organizaciones Solidarias et Ciudadanía Inteligente, lancement de « Vigilantes por la Infancia » (vigies pour l’enfance).
- Décembre Publication des résultats de l’étude « Prévalence des abus sexuels sur enfants dans la région métropolitaine de Santiago ».
- 2019
- Janvier Près de 500 personnes participent au Congrès chilien sur la maltraitance et les abus sexuels sur enfants, organisé avec l’ONG Paicabí.
- Mars La cour d’appel condamne l’Église catholique chilienne pour la dissimulation des abus commis par l’ancien prêtre Karadima et lui ordonne d’indemniser José Andrés Murillo, Juan Carlos Cruz et James Hamilton.
- Avril Cours « L’abus sexuel sur enfant comme phénomène psychosocial », destiné aux fonctionnaires rattachés à l’Academia Judicial de Chile (institution de formation des magistrats).
- Juin Réouverture de Línea Libre (ligne d’écoute de la Fondation), canal de soutien psychologique pour les enfants et adolescents.
- Juillet Promulgation de la loi qui déclare imprescriptibles les infractions sexuelles commises contre des enfants et adolescents, un processus auquel la Fondation a pris part. Lancement de la campagne de membres #NiUnDíaMás (pas un jour de plus). Participation à un séminaire sur les abus sexuels sur enfants à l’Université pontificale du Mexique.
- Août Création, avec l’Université pontificale catholique du Chili, du Centre CUIDA (Centre de recherche sur l’abus et l’adversité précoce).
- Octobre Participation au séminaire « Abus sexuels en contexte clérical » au Salvador. La Fondation accompagne des victimes pour déposer la première plainte.
- Novembre Le ministère des Biens nationaux remet à la Fondation un immeuble situé dans le quartier Lastarria pour qu’elle poursuive ses activités.
- Décembre La Fondation commence à offrir une orientation psychologique aux victimes de l’explosion sociale, avec le soutien de l’Instituto Nacional de la Juventud (INJUV, institut national de la jeunesse).
- 2020
- Août Début de deux nouvelles formations diplômantes : « Bien-être socio-émotionnel et lucidité pour le travail pédagogique » et « Accompagnements éthiques en contexte résidentiel ».
À propos de cette édition. Version web du livre 10 ans pour un monde sans abus (10 años por un mundo sin abuso), publié en PDF par la Fundación para la Confianza en 2021 (première édition imprimée à 500 exemplaires, Ograma Impresores ; ISBN 978-956-402-822-4). Direction : José Andrés Murillo. Coordination générale : Nicole Del Río. Recherche et rédaction : Benjamín Gálvez. Direction artistique et conception graphique : Cristhian Sotomayor. Illustrations : Jesu Villa et Cristhian Sotomayor. Édition : Natalie Sève. Dans cette version, les coquilles ont été corrigées et des graphiques qui résument le contenu ont été ajoutés ; les illustrations des personnes qui témoignent ne sont pas reproduites. Les chiffres, les fonctions et les références juridiques sont ceux de la date du livre. Télécharger le PDF original (en espagnol)
Traduction de la Fundación Para la Confianza. En cas de différence, la version espagnole prévaut. Version espagnole.
